28 janvier 2008

Kadhafi, un roi ou presque !!

En observant la carte, on ne peut s’empêcher d’admirer le vaste territoire libyen avec ses richesses naturelles et une population (environ 5,9 millions) qui occupe un espace n’excédant pas  les 5%  des 1 759540 km2 de la superficie totale de la Libye.

carte_LibyeHistoriquement, la Libye était depuis toujours un pont entre le Machrek et le Maghreb et un haut lieu des Zaouïas (notamment les Senousis) qui ont joué un rôle de premier plan dans la pénétration de l’Islam en Afrique subsaharienne. Du fait de ce double rôle,  la Libye n’a pas connu de structures propres à un Etat au sens moderne du terme. Aussi du fait de ce double rôle de pont entre le Maghreb et l’Orient et de porteur en Afrique d’un Islam tolérant, les libyens, un peuple nomade et tolérant,  n’ont jamais pris les armes pour attaquer ou conquérir des territoires ou agresser des voisins. Ils ont résisté à l'envahisseur venu du nord mais jamais à celui de l'Est (les arabes) ou du Sud (les africains). En somme, Kadhafi n'a rien inventé en intégrant finalement son pays dans un processus africain. En 1969, ce peuple tolérant a connu un changement de régime par un coup d’Etat dirigé par des sous-officiers dont le mieux instruits entre eux, n’a pas dépassé le niveau du baccalauréat. Ils ont aboli la monarchie et proclamé la République. De 1969 à 1977, les libyens ont tout connu sous le nouveau régime: les aventures internes, les projets avortés de l’unité arabe hâtive, les purges internes et  les disparitions sans procès. Ils ont eu même droit en 1973 à une campagne de destruction massive des livres, enregistrements culturels et instruments de musiques non conformes aux principes de la Révolution de 1969. Tous ceux qui ont vécu pendant les premières huit ans sous le nouveau pouvoir en Libye, dirigé par le Colonel Mouammar Kadhafi, savent aujourd’hui que  la Libye des années 1970 n’était pas gouverné mais vivait de Bab El Azizia à Tripoli jusqu’à Bengazi sous le rythme des luttes pour le pouvoir entre les « putschistes ». A aucun moment, le peuple libyen peut être par pacifisme, n’a été tenté par l’idée de renvoyer ces « putschistes » à leurs casernes.

KadhafiMoammar Kadhafi, plus malin que les autres a eu l’idée simple, voir simpliste : puisque nous nous affrontons les armes à la main pour le pouvoir, alors au lieu de s’entre-tuer on supprime le pouvoir, objet du litige. Et faute de le supprimer réellement, il faisait semblant. Le plus étonnant est que la majorité écrasante des libyens l'avait cru.

En 1977, il publie son « livre vert » sensé être le texte fondateur du nouveau régime et proclame la naissance de la république des masses : la Jamahiriya qui désigne le pouvoir des masses populaires. Les structures sont aussi simples : des congrès de base répartis par quartiers désignent des comités populaires qui participent au congrès régional qui procède à la désignation d’un comité et l’ensemble des ces comités régionaux forment avec les dirigeants de la société civiles (syndicats, organisations et associations), le congrès général du peuple qui lui, désigne le comité populaire général, c'est à dire le gouvernement. Les congrès n'élisent pas des représentants mais les désignent. Ils désignent aussi les membres des comités populaires. Les listes des candidats sont établis par des structures invisibles (services de sécurités et comités révolutionnaires) Plusieurs instances échappent à ce schémas : l’armée, les services de sécurité, le Trésor Public, la banque centrale, la compagnie nationale des hydrocarbures et les investissements extérieurs. Le poste de chef de l’Etat  n’existe pas officiellement mais ses prérogatives et pouvoirs sont exercés – provisoirement depuis 1977- par le Guide Moammar Kadhafi. La nouvelle structuration du pouvoir a accordé à Moammar Kadhafi le titre de Guide avant de faire proclamer à l’unanimité par le Congrès Général du Peuple, la fameuse résolution faisant loi de la parole du Guide.

Pour résumer les quelques pages du « Livre vert » du Colonel Kadhafi, un  dirigeant libyen des années 1970 a

Pour résumer aussi l’organisation de  la Jamahirya en comités populaires mis en place en 1977, il suffit de regarder de près comment les trois partis politiques du Maghreb avaient exercer le pouvoir : le Neo Destour en Tunisie, le FLN en Algérie et l’Isteqlal au Maroc. Alors que ce dernier n’a pas pu établir le pouvoir du parti unique, le Destour et le FLN ont gouverné la Tunisieet l’Algérie par l’encadrement de la base populaire en « cellules et sections » pour le Destour et en « Kesmats » pour le FLN. La Jamahirya de Kadhafi a repris la même architecture du Parti Destour des années 1960 en Tunisie et du FLN des années 1970, avec pour la Libye , une forte dose – plus forte encore que la police de Bourguiba et la Sécurité Militaire de Boumediene – de services de sécurité, de comités révolutionnaires et diverses services de renseignements et encadrement d’un peuple libyen fondamentalement pacifiste. Un régime de parti unique plus sophistiqué. Trente ans après la proclamation de la Jamahirya (pouvoir des masses), les libyens se trouvent devant une situation désastreuse:

-         Une monarchie rétrograde qui ne dit pas son nom, dont les acteurs (le père, les fils, la fille, les cousins et la tribu), exercent un pouvoir absolu. Un Guide (qui se prend pour un roi) détient le pouvoir à vie.

-         Une gouvernance anarchique, dont les lois et le droit passent après la volonté du maître (le Guide) et sa dynastie. Les vrais décideurs (Kadhafi et sa dynastie) ne rendent compte de leurs actes à personne.

-         Un parti unique à  têtes multiples: comités révolutionnaires, services de sécurités, cercles d'influences etc. Ils échappent à tout contrôle y compris celui des comités populaires.

Finalement, cette Jamahirya n'est-elle pas une caricature d'une monarchie rétrograde dans laquelle  ceux qui revendiquent une monarchie constitutionnelle, sont considéré comme des extrémistes ?

Peut-on s'étonner alors, de voir émerger dans cette Libye mal gouvernée, un courant islamiste radical et violent pour être une mauvaise solution à un vrai problème?.

A défaut de rapides réformes profondes instaurant un Etat de droit et une vie politique rationnelle, la Libye

malgré ses richesses – et peut être en raison de ces richesses – risque de sombrer dans l'abîme.

dit : «  pour connaître toute la théorie du livre vert, il suffit de lire la dernière phrase. Elle résume bien le livre et ses objectifs ». Or, la dernière phrase est la suivante : " telle est la démocratie véritable du point de vue théorique mais dans la pratique, ce sont toujours  les plus forts qui gouvernent ». Tout le reste est littérature digne d'un lycéen moyen.

Posté par sellami hosni à 15:38 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Kadhafi, un roi ou presque !!

    un point de vue personnel

    Gueddafi n'est pas seulement Roi des libyens, mais Roi de tous les rois de la planète.Ce n'est pas une hyperbole,mais c'est la vérité.
    Il fallait vivre en Libye,pour se rendre compte de cette réalité.
    L'auteur de l'article avait ingénieusement brossé un tableau qui ne manque pas de véracité et de profondeur et ce tableau, axé particulièrement sur les mouvances politiques au Maghreb,reflète avec clarté le visage sombre d'une politique machiavélique qui corrodait et minait hideusement la personnalité des citoyens du Grand Maghre

    Posté par Mohamed Sellam, 11 mars 2010 à 19:56 | | Répondre
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