21 avril 2011

Le courant d'air libyen


 

L'écroulement sous le poids des révoltes populaires sans précédent, des systèmes (et les régimes) de Ben Ali en Tunisie le 14 janvier et de Moubarak en Egypte le 25 janvier, a créé une situation inédite en Libye. A la fin janvier 2011 alors que le Colonel Kadhafi "regrettait" dans des déclarations publiques la chute de ses deux amis Ben Ali et Moubarak, son pays situé entre l'Egypte et la Tunisie, deux pays en révolution, paraissait en plein milieu d’un courant d'aire. A la veille du 17 février 2011, date du début de la révolution libyenne, il était prévisible que le régime du Colonel Kadhafi et malgré sa complexité, ne résistera pas à ce courant d'aire qui s’avéra ravageurs et sanglant.

 

Confiné dans leur monde clos et convaincus de leur immunité, le Colonel Kadhafi et son équipe n'ont pas vu venir le grand tournant. Ils ont tenté de jouer le contre-courant  avant de reconnaitre la nouvelle réalité révolutionnaire dans les deux pays voisins. Mais le verdict de l'histoire était déjà prononcé. Dès le 15 février, le régime du Colonel Kadhafi s’est trouvé dans un tourbillon provoqué par ce courant d'aire ravageur.

 

Il était naturel pour que les révolutions en Tunisie et en Egypte évoluent à leurs rythmes et sans entraves extérieures, que le dispositif politico-familial du Colonel Kadhafi, "dégages" aussi. Animés par les leçons d’une longue histoire commune, ni les égyptiens ni les tunisiens ne se sentaient à l'abri d'une intervention du Colonel Kadhafi contre l'évolution démocratique de leurs pays. Par le passé, le Colonel Kadhafi  leur a montré sa volonté d'aider les régimes en place, à les étouffer même quand il maltraite ces régimes. Il suffit de se rappeler les vagues d'expulsions de Libye des immigrés tunisiens et égyptiens ou l'aide libyenne aux uns contre les autres au sein des gouvernants à Tunis et le Caire.  Beaucoup d'égyptiens et tunisiens parmi les jeunes qui ont fait "dégager" Ben Ali et Moubarak, l'ont dit: construire une démocratie est déjà une tâche difficile et entourée de dangers mais avoir comme voisin un Kadhafi ne cessant de manifester son hostilité à toute démarche démocratique et à l'état de droit, est un pari intenable.

 

Trois semaines après la chute de Ben Ali et Moubarak, la logique de la géopolitique a pris le dessus en Libye. Mais Kadhafi croyant en sa capacité de tenir tête au sens de l'histoire et à la logique de la géopolitique, a opté pour la stratégie sécuritaire la plus meurtrière. Il a ordonné dès le 15 février 2011, à ses hommes de laisser ouverts les dépôts d'armes de postes de polices. Inexpérimentés et peu habitués à l'organisation de manifestations de rue, certains jeunes libyens emportés par une frustration et une hostilité au pouvoir, se sont jetés sur les dépôts d'armes des postes de polices laissés volontairement par les autorités en libre accès. Ils ont pris le contrôle de ces postes de polices et se sont emparé des armes individuelles de policiers. A partir du moment où ils ont pris ces armes, ils  ont cessé pour les autorités du régime de Kadhafi,  d'être de jeunes manifestants pour être considérés comme des groupes armés et des terroristes. Les forces de sécurité libyennes ont reçu dès lors l'ordre de tirer sur ces groupes armés et "terroristes". A partir du 17 février 2011, il n'y a plus pour les autorités de manifestants mais que des "terroristes" et "scissionnistes" venant de l'étranger. Par naïveté ou par excès d’arrogance, le Colonel Kadhafi pensait que cette stratégie sécuritaire ne lui assurait pas seulement l’anéantissement par balles des ces jeunes contestataires mais en prime le soutien de l’occident puisqu’il s’agit de l’ennemi commun : les terroristes et les islamistes. Ses discours au cours des premiers jours de l’insurrection développaient cet argument avant d’y ajouter après l’adoption de la résolution 19973 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, celui d’un occident cherchant à contrôler le pétrole libyen.

 

Cette stratégie sécuritaire adoptée par le Colonel Kadhafi ne fait que prolonger la crise sans lui éviter l'inévitable chute. Il est vrai que la faiblesse en organisation des opposants libyens, l'intervention politique et militaire étrangères, la segmentation de la société libyenne, les positions ambigües des militaires et tribus, et l'étendue de l'espace géographique de a la Libye, ont présenté jusqu’à maintenant des facteurs favorables au Colonel Kadhafi. Mais, le tournant est installé malgré tout en Libye et l'évolution  même de manière anarchique de la situation ne peut déboucher que sur un changement radical pour un régime politique qu'aucun ni les opposants ni le Colonel Kadhafi n'expose clairement les contours.

 

Quelques soit la durée de la crise actuelle, le régime du Colonel Kadhafi ne peut lui survire. Par contre, la personne du Colonel Kadhafi qui est aujourd'hui au centre de la crise, peut être à un moment ou un autre, la solution et la fin de la crise..

Par Sellami Hosni

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