14 mai 2011

Révolution et contre-révolution dans les pays arabes

 

Depuis les dernières semaines de 2010, certains pays arabes, mais les autres suivront sans doute, sont traversés par des évènements inédits de leurs histoires. Qui aurait imaginé il y a quelques mois qu’un mouvement de foule dans un pays arabe viendrait à bout d’un pouvoir absolu et stupide ou dans autre pays arabe des jeunes sans aucune expérience militaire, prendraient les armes pour déboulonner un pouvoir sans partage qui a trop duré. Toute une génération de progressistes, nationalistes ou de démocrates avait entretenu dans les années soixante et soixante dix, le rêve de voir de tels évènements traverser au même moment le Monde arabe pour bouleverser  un paysage arabe et l’inscrire dans le progrès et le sens de l’histoire.

De quoi s’agit-il ?

Pour bien comprendre ces évènements, il convient d’aller à l’essentiel. S’agit-il de révolutions ? Révoltes, ou soulèvements de jeunesse ? Nous avons très vite qualifié ces évènements et ces mouvements de foules, de révolution. Or, une révolution se traduit nécessairement entre autres  faits marquant, par un changement de régime et pas seulement de chef d'Etat ou de gouvernement. Ni en Tunisie, ni en Egypte ce changement de régime n’a pas été encore accompli. On assiste dans ces deux pays à un processus dont la durée n’est pas encore connue ou même définie, et qui pourrait – si tout va bien – déboucher sur l’instauration d’un nouveau régime politique, c'est-à-dire une deuxième république. Le cas de la Tunisie est plus clair contrairement à l’Egypte. Les tunisiens ont choisi la voie de l’élection d’une constituante pour élaborer une nouvelle constitution et  jeter les fondations d’une nouvelle république. Ils ont à accomplir un travail colossal de tri, de toilettage et de reconstruction.  Par contre, les égyptiens ont opté pour l’amendement de la constitution en vigueur et se maintenir dans une république qui a changé plusieurs fois depuis 1952 d’habillages sans changer d’ossatures. La deuxième vague des évènements concerne les pays arabes dont les régimes sont généralement qualifiés de républicains-monarchiques, notamment la Libye, la Syrie et le Yémen où la violence domine un processus de décomposition des pouvoirs en place. Ces pays ne sont qu’au début d’un changement inéluctable dont personne à ce stade ne peut prévoir ni son envergure ni sa protée. La troisième vague concerne les monarchies arabes. Deux pays feront exception et connaitront sans doute à leur manière des changements notables : l’Irak en raison des guerres successives et l’Algérie en raison des  dix ans sanglants de guerre civile.

Ces évènements et processus de changement sont conditionnés par des facteurs spécifiques à chacun des pays arabes concernés. Parmi ces facteurs, il y a le niveau de la segmentation de la société (tribus, ethnies, confessions etc. ..), le rôle  et positionnement de l’armée, la nature des fondements de la légitimité des gouvernants, le niveau de pénétration des moyens et technologies de communication, et enfin le niveau de scolarisation de la jeunesse. Il est fondamental de souligner deux constats communs à tous les pays arabes concernés par ces évènements : le premier est les difficultés rencontrés par les élites et les partis politiques existants à suivre et à accompagner ces évènements. Ces élites sont souvent tellement cantonnées dans des schémas dépassés pour qu'ils pussent analyser, comprendre et tenter de mettre à profit le mouvement de la jeunesse et les évènements.  Le deuxième constat est  le retard de la mise en œuvre des alternatives. Ce retard est dû naturellement au caractère globalement spontané de ces évènements y compris de ceux qui ont pris un tournant armé et violent comme au Yémen et en Libye.

A ce stade les contestations ont abouti  pour la Tunisie et l'Egypte et s’orientent vers le même résultat pour les autres pays,   à la chute du dictateur et non à la fin de la dictature. Tant qu’une nouvelle république adaptée et répondant aux aspirations des peuples révoltés, n’est pas instaurée, on ne peut pas parler de révolutions mais de révoltes et de soulèvements populaires. Et parce que ces révoltes et soulèvements s’affirment de plus en plus en révolutions  notamment par les revendications visant à instaurer de nouveaux régimes politiques et pas seulement à changer un président dictateur par un autre, que ces pays arabes sont dans un processus révolutionnaire. La disparition de l’ancien modèle politique avec ses  modes de fonctionnement et de son système de gouvernance et la naissance en même temps d’un autre appelé à le remplacer, est un parcours difficile et délicat où les rapports de forces entre les forces du progrès et celles de la contre-révolution sont d’une importance particulière. Il suffit d’observer ce qui se passe en Egypte depuis le 25 janvier 2011 et en Tunisie depuis le 14 janvier 2011, pour distinguer ceux qui font tout pour maintenir le maximum d’ossatures d'un ancien régime pourtant condamné à être décomposé, et ceux qui veulent en finir avec l’ancien système pour voir naitre un nouveau. Les périodes de transition et de pouvoir provisoire prêtent à confusion et favorisent les tentations d'un retour en arrière. La preuve ? Qui assume ce pouvoir de transition en Egypte et en Tunisie ? Qui et comment ont été désignés ces gouvernants de la transition? Ne sont-ils pas des hommes du passé plus animés par la nostalgie que par une vision adaptée aux revendications de la jeunesse?

La révolution ne s’est pas encore concrétisée par la naissance d’une nouvelle république répondant aux aspirations des jeunes révoltés, alors que les forces de la contre-révolution est déjà à l’œuvre et s’organisent. Voici quelques  points révélateurs de la montée de ces forces de la contre-révolution qu’on peut vérifier l’existence dans chacun des pays arabes concernés :

·        Après avoir lancé leurs forces de frappe militaire contre la révolte au Bahreïn, les monarchies arabes ont sonné ces derniers jours sous l’impulsion des pays du CCG, le rassemblement de leurs forces et le resserrement de leurs rangs en ouvrant par exemple leur club dit le Conseil de Coopération du Golfe – aux autres monarchies arabes telles que la Jordanie et le Maroc.

 

·        Les voix qui prédisent aux pays en révolution si les révoltes continuaient,  d'être menacés par l’instabilité, la faillite économique, l’arrivée au pouvoir des islamistes, une montée du terrorisme, l’insécurité etc.. Ces voix qui répandent du matin au soir les risques et les menaces, souhaitent semer la peur pour récolter le statuquo, la stagnation et le maintien des ossatures de l’ancien système.

 

·        Pour des raisons de l'histoire et de la nature des régimes en décomposition, une totale confusion a régné pendant longtemps dans chacun des ays arabes concernés, entre le régime politique et l'Etat. La décomposition du régime politique sous l'effet des révoltes spontanées, ne s'est pas traduite par une décomposition similaire de son emprise sur l'Etat. AU contraire, l'appareil de l'Etat, lui sert  de refuge en attendant peut être, de jours meilleurs.

 

·        Toutes les révolutions u monde ont donné la priorité au politique pour assoir d'abord leur pouvoir révolutionnaire  avant de s'occuper de l'économie. Dans le cas des révoltes arabes, les lenteurs des chantiers politiques et le retard de l'instauration d'un nouveau régime politique, a transformé l'économie et les opérateurs  économiques en forces contre-révolutionnaires.

 

·        Une fois le dictateur disparu, tout le monde se déclare être révolutionnaire. Dans certains pays où le régime politique est en cours de décomposition et les révoltes n'ont pas encore fait chuter le dictateur, la confusion entre les défendeurs du passé et ceux du progrès, règne et change de monture tous les jours. Les appels à des purges et des opérations d e chasse aux sorcières même en dehors du cadre légal, c'est-à-dire la justice, sont une force de réserve à la contre-révolution.

 

Beaucoup de pays arabes sont en plein d'un processus révolutionnaire. Un échec de ce processus sous l'effet des forces de la contre-révolution ou en raison d'un manque d'expérience et de visibilité de la jeunesse et des nouvelles forces de la révolution, condamnera ces pays à une stagnation et une régression sans limites…

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Posté par sellami hosni à 12:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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