27 janvier 2008

Louisa Hanoune et Bourguiba

Certains ont découvert Louisa Hanoune durant les dix ans de crise mais d’autres, peu nombreux, l’ont connue pendant les années de clandestinité sur le terrain du militantisme syndical et politique ou dans les prisons du parti unique. Louisa est née avec le déclenchement de la guerre de libération de l’Algérie et dans un village kabyle pendu au sommet de la montagne. Elle a vécu les années de répression, de révolte et de lutte contre le pouvoir du parti unique. Elle, la femme de gauche radicale, la trotskiste, a été la première à sortir de la clandestinité en 1989 lors de l’instauration en Algérie du pluralisme politique après le soulèvement d’octobre 1988. Le Parti des Travailleurs, son parti, est le premier parti trotskiste dans le Monde arabe et le premier parti politique du Maghreb dirigé par une femme et occupe une place entière sur l’échiquier politique de son pays.  Ce parti dirigé par Louisa Hanoune , a conquis les sièges au Parlement et dans plus de 60 communes.   

HanouneAu sommet de la crise des années 1990, Ali Belhadj, le chef islamiste radical et numéro deux de l’ex FIS, l’a qualifié de seul homme politique en Algérie. Bouteflika s’est laissé dire en public qu’il rêvait d’un gouvernement avec 20 femmes du calibre de  Louisa Hanoune.

Pourtant, cette Louisa Hanoune et parce qu’elle est une femme algérienne, est soumise par le Code algérien de la famille aux règles et aux contraintes subies par toutes les algériennes : être tout au long de sa vie sous tutelle d’un père, frère ou mari. Sa vie – comme celle de toutes les algériennes -  est gérée par une loi de la famille aussi rétrograde qu’un féodal de l’époque la plus sombre de l’historie de l’humanité.

Les luttes de la société algérienne (femmes et hommes) pour la liberté du colonialisme d’abord puis du parti unique ensuite, n’ont pas conduit à libérer la femme algérienne de ses chaînes et de la tutelle de l’homme.

BourguibaEn Tunisie voisine, la femme est l’égale de l’homme dès la naissance. A sa majorité, au même âge que celui de l’homme, elle devient libre et responsable de sa vie. Le Code tunisien de la famille voulu par l’ancien président tunisien Bourguiba et  adopté en 1956, année de la naissance Louisa Hanoune !!, est unique dans le monde arabe et musulman. Ce code, cinquante ans après sa promulgation, fait partie du comportement et de la tradition des tunisiens. Le successeurs de Bourguiba l’a encore rendu plus libéral et libérateur en l’adaptant à l’évolution de la société. Un seul point échappe à ce code et à l’égalité des femmes et hommes tunisiens : l’héritage dont la gestion est définie clairement par le texte coraniques en accordant à l’homme la double part de la femme. Sans avoir recours à la loi, la conscience populaire des tunisiens a abrogé cette règle. Par testament, le partage de l’héritage se fait de plus en plus à parts égales entre les hommes et la femmes. Dans les textes de loi et de la constitution, mais aussi dans la vision de la société, rien n’empêche la femme tunisienne d’assumer toute fonction ou responsabilité y compris celle de Chef de l’Etat.

Or, un demi siècle de pratique de l’égalité totale entre hommes et femmes et application d’un code de la famille sans équivalent, la Tunisie n’a pas vu émerger une Louisa Hanoune. Aucune femme tunisienne n’a pu casser les tabous et occuper une position en premier ligne : chef de parti, chef de gouvernement ou même présidente du Parlement. Deux petites exceptions : Radhia Haddad, la première présidente de l’Union des Femmes Tunisiennes ;  et depuis quelques mois, Maya Jerbi, Secrétaire Général du Parti Démocratique et Progressiste. La première a fait sa carrière dans l’ombre de Bourguiba et Ahmed Mestiri, et la deuxième est trop éphémère et sous l’oeil vigilent de son président d’honneur Najib Chebbi pour être comparer à Louisa  Hanoune ou sa compatriote Radhia Haddad.

Femme_libreDans les deux cas, celui de l’Algérie où le militantisme politique n’a pas libéralisé le statut juridique  et celui de la Tunisie où le statut juridique n’a pas conduit à libérer le social et le politique, la problématique est la même : La liberté et l’exercice du droit sont liés et un tout et ne peuvent être fractionnées. Sans un statut juridique instaurant l’égalité des femmes et des hommes, la liberté politique et le développement économique en Algérie restent fragiles et partiels. Sans le « développement politique et de la société civile» de la société tunisienne, le statut juridique  de la femme et l’Etat de droit, sont « des handicapés » de la modernité.

Posté par sellami hosni à 19:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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