F O U L A N

14 mai 2011

Révolution et contre-révolution dans les pays arabes

 

Depuis les dernières semaines de 2010, certains pays arabes, mais les autres suivront sans doute, sont traversés par des évènements inédits de leurs histoires. Qui aurait imaginé il y a quelques mois qu’un mouvement de foule dans un pays arabe viendrait à bout d’un pouvoir absolu et stupide ou dans autre pays arabe des jeunes sans aucune expérience militaire, prendraient les armes pour déboulonner un pouvoir sans partage qui a trop duré. Toute une génération de progressistes, nationalistes ou de démocrates avait entretenu dans les années soixante et soixante dix, le rêve de voir de tels évènements traverser au même moment le Monde arabe pour bouleverser  un paysage arabe et l’inscrire dans le progrès et le sens de l’histoire.

De quoi s’agit-il ?

Pour bien comprendre ces évènements, il convient d’aller à l’essentiel. S’agit-il de révolutions ? Révoltes, ou soulèvements de jeunesse ? Nous avons très vite qualifié ces évènements et ces mouvements de foules, de révolution. Or, une révolution se traduit nécessairement entre autres  faits marquant, par un changement de régime et pas seulement de chef d'Etat ou de gouvernement. Ni en Tunisie, ni en Egypte ce changement de régime n’a pas été encore accompli. On assiste dans ces deux pays à un processus dont la durée n’est pas encore connue ou même définie, et qui pourrait – si tout va bien – déboucher sur l’instauration d’un nouveau régime politique, c'est-à-dire une deuxième république. Le cas de la Tunisie est plus clair contrairement à l’Egypte. Les tunisiens ont choisi la voie de l’élection d’une constituante pour élaborer une nouvelle constitution et  jeter les fondations d’une nouvelle république. Ils ont à accomplir un travail colossal de tri, de toilettage et de reconstruction.  Par contre, les égyptiens ont opté pour l’amendement de la constitution en vigueur et se maintenir dans une république qui a changé plusieurs fois depuis 1952 d’habillages sans changer d’ossatures. La deuxième vague des évènements concerne les pays arabes dont les régimes sont généralement qualifiés de républicains-monarchiques, notamment la Libye, la Syrie et le Yémen où la violence domine un processus de décomposition des pouvoirs en place. Ces pays ne sont qu’au début d’un changement inéluctable dont personne à ce stade ne peut prévoir ni son envergure ni sa protée. La troisième vague concerne les monarchies arabes. Deux pays feront exception et connaitront sans doute à leur manière des changements notables : l’Irak en raison des guerres successives et l’Algérie en raison des  dix ans sanglants de guerre civile.

Ces évènements et processus de changement sont conditionnés par des facteurs spécifiques à chacun des pays arabes concernés. Parmi ces facteurs, il y a le niveau de la segmentation de la société (tribus, ethnies, confessions etc. ..), le rôle  et positionnement de l’armée, la nature des fondements de la légitimité des gouvernants, le niveau de pénétration des moyens et technologies de communication, et enfin le niveau de scolarisation de la jeunesse. Il est fondamental de souligner deux constats communs à tous les pays arabes concernés par ces évènements : le premier est les difficultés rencontrés par les élites et les partis politiques existants à suivre et à accompagner ces évènements. Ces élites sont souvent tellement cantonnées dans des schémas dépassés pour qu'ils pussent analyser, comprendre et tenter de mettre à profit le mouvement de la jeunesse et les évènements.  Le deuxième constat est  le retard de la mise en œuvre des alternatives. Ce retard est dû naturellement au caractère globalement spontané de ces évènements y compris de ceux qui ont pris un tournant armé et violent comme au Yémen et en Libye.

A ce stade les contestations ont abouti  pour la Tunisie et l'Egypte et s’orientent vers le même résultat pour les autres pays,   à la chute du dictateur et non à la fin de la dictature. Tant qu’une nouvelle république adaptée et répondant aux aspirations des peuples révoltés, n’est pas instaurée, on ne peut pas parler de révolutions mais de révoltes et de soulèvements populaires. Et parce que ces révoltes et soulèvements s’affirment de plus en plus en révolutions  notamment par les revendications visant à instaurer de nouveaux régimes politiques et pas seulement à changer un président dictateur par un autre, que ces pays arabes sont dans un processus révolutionnaire. La disparition de l’ancien modèle politique avec ses  modes de fonctionnement et de son système de gouvernance et la naissance en même temps d’un autre appelé à le remplacer, est un parcours difficile et délicat où les rapports de forces entre les forces du progrès et celles de la contre-révolution sont d’une importance particulière. Il suffit d’observer ce qui se passe en Egypte depuis le 25 janvier 2011 et en Tunisie depuis le 14 janvier 2011, pour distinguer ceux qui font tout pour maintenir le maximum d’ossatures d'un ancien régime pourtant condamné à être décomposé, et ceux qui veulent en finir avec l’ancien système pour voir naitre un nouveau. Les périodes de transition et de pouvoir provisoire prêtent à confusion et favorisent les tentations d'un retour en arrière. La preuve ? Qui assume ce pouvoir de transition en Egypte et en Tunisie ? Qui et comment ont été désignés ces gouvernants de la transition? Ne sont-ils pas des hommes du passé plus animés par la nostalgie que par une vision adaptée aux revendications de la jeunesse?

La révolution ne s’est pas encore concrétisée par la naissance d’une nouvelle république répondant aux aspirations des jeunes révoltés, alors que les forces de la contre-révolution est déjà à l’œuvre et s’organisent. Voici quelques  points révélateurs de la montée de ces forces de la contre-révolution qu’on peut vérifier l’existence dans chacun des pays arabes concernés :

·        Après avoir lancé leurs forces de frappe militaire contre la révolte au Bahreïn, les monarchies arabes ont sonné ces derniers jours sous l’impulsion des pays du CCG, le rassemblement de leurs forces et le resserrement de leurs rangs en ouvrant par exemple leur club dit le Conseil de Coopération du Golfe – aux autres monarchies arabes telles que la Jordanie et le Maroc.

 

·        Les voix qui prédisent aux pays en révolution si les révoltes continuaient,  d'être menacés par l’instabilité, la faillite économique, l’arrivée au pouvoir des islamistes, une montée du terrorisme, l’insécurité etc.. Ces voix qui répandent du matin au soir les risques et les menaces, souhaitent semer la peur pour récolter le statuquo, la stagnation et le maintien des ossatures de l’ancien système.

 

·        Pour des raisons de l'histoire et de la nature des régimes en décomposition, une totale confusion a régné pendant longtemps dans chacun des ays arabes concernés, entre le régime politique et l'Etat. La décomposition du régime politique sous l'effet des révoltes spontanées, ne s'est pas traduite par une décomposition similaire de son emprise sur l'Etat. AU contraire, l'appareil de l'Etat, lui sert  de refuge en attendant peut être, de jours meilleurs.

 

·        Toutes les révolutions u monde ont donné la priorité au politique pour assoir d'abord leur pouvoir révolutionnaire  avant de s'occuper de l'économie. Dans le cas des révoltes arabes, les lenteurs des chantiers politiques et le retard de l'instauration d'un nouveau régime politique, a transformé l'économie et les opérateurs  économiques en forces contre-révolutionnaires.

 

·        Une fois le dictateur disparu, tout le monde se déclare être révolutionnaire. Dans certains pays où le régime politique est en cours de décomposition et les révoltes n'ont pas encore fait chuter le dictateur, la confusion entre les défendeurs du passé et ceux du progrès, règne et change de monture tous les jours. Les appels à des purges et des opérations d e chasse aux sorcières même en dehors du cadre légal, c'est-à-dire la justice, sont une force de réserve à la contre-révolution.

 

Beaucoup de pays arabes sont en plein d'un processus révolutionnaire. Un échec de ce processus sous l'effet des forces de la contre-révolution ou en raison d'un manque d'expérience et de visibilité de la jeunesse et des nouvelles forces de la révolution, condamnera ces pays à une stagnation et une régression sans limites…

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08 mai 2011

Mort de Ben Laden


 

Il est sans doute inutile de s’arrêter à chaud sur la polémique et les spéculations autour des moyens, de la méthode et même des doutes qui entourent la mort de Usama Ben Laden. En revanche, il est impératif pour avoir une vision plus cohérente des évènements qui secouent depuis quelques mois le monde arabo-musulman, de comprendre le contexte et les implications de la disparition du chef de Al-Qaïda.

La première remarque est un constat. Les informations et les images diffusées  sur les circonstances de la mort de Ben Laden, montrent que celui-ci résidait depuis un longue période, peut être depuis plusieurs années, dans une cité de villégiature de la bourgeoisie pakistanaise (Abbottābād) placée quasiment sous l’autorité de l’armée et abritant la plus prestigieuse académie militaire pakistanaise. Sans chercher à savoir qui de Ben Laden ou de l’armée pakistanaise et ses alliées, contrôle l’autre et à quel niveau, on peut affirmer sans risque de se tromper que Ben Laden bénéficiait plus ou moins officiellement d’une protection des militaires pakistanais. Il est inimaginable dans ce cas, que les services de sécurité pakistanais – ISI (InterServices Intelligence – ne soient pas au fait de la présence de Ben Laden à Abbottābād. Et si la ISI le savait, les renseignements américains – CIA et autres agences – le savaient aussi. Que les américains n’ont pas informé peut être par méfiance, leurs partenaires pakistanais et que ceux-ci sont furieux d’être mis à l’écart de la décision de neutraliser Ben Laden, n’implique pas que les deux parties ne se partagent pas et depuis un certains temps les informations sur la localisation de Ben Laden. Cela indique, par contre que les américains quand il s’agit d’une décision stratégique et de leurs propres intérêts, font toujours cavaliers seuls.  

D’où la question évidente : pourquoi les Etats Unis ont décidé de neutraliser Ben Landen maintenant alors qu’ils connaissaient où il se trouvait depuis un certain temps ?

La première réponse qui vient à l’esprit de ceux qui observent la politique intérieur américaine, est la détermination du président américain à échapper à des attaques  sur sa légitimité ce qui l’a obligé à publier son acte de naissance intégral. La mise en cause de sa légitimité qui est au centre de la campagne d’hostilité menée par la droite américaine contre Barak Obama, menace sérieusement sa réélection en 2012.  Ces attaques ont été oubliées après l’annonce de la mort de Ben Laden. La popularité de Barak Obama a pris 11 points d’un coup et beaucoup d’américains le considèrent comme un héros national.

Cette réponse exprime bien une réalité américiane mais elle n’est pas la plus importante ni la plus pertinente au regard de les bouleversements régionaux et internationaux des deux dernières années que les Etats Unis ne peuvent ni les ignorer ni éviter de s’y adapter. L’opération militaire menée pour neutraliser Ben Laden, s’inscrit dans cette stratégie de se mettre au niveau et si possible devancer ces bouleversements.  Voici quelques aspects de cette stratégie d’adaptation pour ne pas dire d’accompagnement et de mise à profit des changements dans le monde arabo-musulman.

  • Premièrement, il est claire y compris pour les dirigeants et généraux américains que la guerre d’Afghanistan ne peut pas être gagnée par les forces de l’OTAN et l’armée américaine. Les raisons sont multiples dont particulièrement les difficultés d’arriver à bout d’une guérilla à motivation religieuses et éparpillée dans des larges zones montagneuses et difficiles d’accès. Les russes en savent quelques chose de leur aventure en Afghanistan. Il y a aussi, l’hostilité de la population pakistanaise à la présence américaine en Afghanistan et au Pakistan. L’installation d’un large système de corruption en Afghanistan qui a faussé sinon anéanti un processus d’instauration d’un Etat de droit et un régime démocratique. Une guerre qui ne peut pas être gagnée, est une guerre perdue. Les américains savent qu’ils ont perdu la guerre d’Afghanistan et dans tous les cas, cette guerre n’a plus de sens pour eux, puisque leurs intérêts stratégiques – notamment énergétiques - en Asie centrale sont acquis et ne sont plus menacés. Barak Obama, après Georges W. Bush, a justifié la guerre d’Afghanistan par la lutte contre le terrorisme. En neutralisant le symbole du terrorisme international – Ben Laden – le président américain peut rendre le retrait militaire américain d’Afghanistan prévu en 2014, acceptable, justifié et plus rapide que prévu. Ce retrait ne sera plus dans ce cas, entaché par le fait que les américains n’ont pas gagné la guerre d’Afghanistan, puisqu’ils ont atteint l’un de leurs objectif : arrêté Ben Laden mort ou en vie. Ils l’ont préféré  mort car son arrestation vivant conduirait une logue polémique et un procès qui n’intéresse plus personne. Mais le retrait militaire ne veut pas dire un retrait politique. L’Afghanistan reste pour les Etats Unis,  intégré dans une vison politique plus global regroupant le Pakistan et les pays musulmans sunnites de l’Asie Centrale.
  • Deuxièmement, on peut aisément remarquer que les Etats Unis sans abandonner leurs hostilités et  sanctions, ont réduit leur agressivité – et leurs objectifs - contre l’Iran. Ils ont même cherché – directement ou indirectement – des points mineurs d’entente avec le régime iranien, par exemple lors de la formation du gouvernement irakien ou lors de l’accord entre le gouvernement et le rebelles zaydites au Yémen. Cela ne veut pas dire que l’Iran a cessé d’être traité en ennemi par les Etats Unis. Cela laisse à penser que l’Iran n’est plus pour les Etats Unis, une priorité  seulement pour ses ambitions nucléaires mais aussi pour son appartenance – et son activisme – à l’Islam chiite. C’est le premier point de décalage entre les Etats Unis et Israël. Les israéliens ne voient et veulent que le monde entier ne voit que les ambitions nucléaires iraniennes, pour les détruire. La mort de Ben Laden prive une large frange des Wahhabites – ennemis jurés d’une large frange des chiites – de l’un symbole fort.
  • Troisièmement, les Etats Unis ont  exprimé de leur compréhension et leur soutien dès les premiers jours  et  souvent avant les autres pays occidentaux, des révolutions dans les pays arabes notamment en Tunisie et en Egypte. Il est hasardeux de dire que les Etats Unis ont prévu avant tout le monde, ces révolutions qui secouent depuis décembre 2010, certains pays arabes. Par contre, ils les ont accompagnées avant tous les autres. Leur soutien à ces révolutions n’est ni gratuit ni sans effet. Tous les supports de ce soutien américain aux révolutions arabes, tendent à favoriser l’émergence dans chacun des pays concernés, un régime intégrant un Islamisme politique modéré et social. Les indices sur cette volonté ne manquent pas. Cet Islamisme politique et modéré est représenté en Egypte par les Frères Musulmans, en Tunisie par Al Nahda, en Syrie par les frères Musulmans, en Libye par Free Libya Front et au Yémen par Al Islah et les adeptes du Cheikh Abdelmajid Zandani. Mais le plus intéressant – pour les américains – est que cet Islam Politique et Social, est un islam sunnite. Regardez comment les Etats Unis ont applaudi lorsque les pays du CCG – l’Arabie Saoudite en tête – ont envoyé des unités militaires pour aider le gouvernement de Bahreïn à réprimer la Révolution des chiites bahreinis, alors que ces mêmes Etats Unis, saluent les Révolutions des sunnites dans les pays arabes. Regardez aussi l’hésitation et parfois le silence des Etats Unis à soutenir les révolutions dans les monarchies arabes sunnites ou pas, y compris celles qui règnent sur des pays non pétroliers comme la Jordanie. La mort de Ben Laden – sunnite et Wahhabite – symbole du terrorisme et des attentats, n’a fait que renforcé ceux des sunnites qui prône un islam modéré et ouvert aux autres  courants politiques et sociaux. Par cohérence, cela implique que les Etats Unis cesseront de mettre en quarantaine Hamas qui gouverne la bande de Gaza. Il ne faut pas plus pour que la réconciliation entre Fatah qui gouverne Ramallah et Hamas qui gouverne Gaza, soit une réalité. Ce qui a été fait à la surprise d’Israël et à la satisfaction des mouvements islamistes arabes proches de Frères Musulman et de l’Iran. C’est le deuxième décalage entre Israël et les Etats Unis que la mort de Ben Laden a mis en évidence.

Cette stratégie d’accompagnement des changements en cours dans le monde arabo-musulman, est encore dans sa phase d’approche et de mise en œuvre et prépare le terrain à une phase d’encadrement et de mise en avant de ces changements. Or, dès maintenant, cette stratégie fait face à des risques et menaces de dérapages et peut provoquer des actes et évènements imprévus et difficilement contrôlables.

Il y a d’abord l’impacte et  les conséquences imprévisibles, de la mort de Ben Laden. On a envisagé l’hypothèse optimiste que sa neutralisation, démotiverait et mettrait son organisation et ses amis  hors d’état de nuire, ce qui n’est pas acquis. On a envisagé que sa mort, soulagerait l’Islam modéré d’un préjugé d’être une force attractive à l’Islam radical, ce qui n’est encore prouvé. On a estimé que les forces d’opposition proches des islamistes modérés en Libye, Yémen et Syrie sont capables de conduire un changement rapide et moins violent, ce qui semble au contraire se transformer dans ces trois pays, en une guerre civile durable et sans issue visible qui pourrait donner au terrorisme un nouveau souffle. Les violences des parties en conflits et les interventions étrangères en Libye risquent de mettre en péril les révolutions tunisienne et égyptienne. Les évènements violents et l’absence d’une issue claire et rapide en Syrie, inquiètent de plus en plus Israël et la Turquie, ce qui explique la prudence des Etats Unis dans leur soutien aux manifestants syriens. La crise au Yémen est inscrite dans la durée et peut sans une issue pacifique, affecter les pays du Golfe – l’Arabie Saoudite en tête –

Le monde arabo-musulman est dans un grand tournant où les facteurs du progrès et la démocratie font pour le moment jeu presque égal, avec ceux de l’instabilité et le retour en arrière. La mort de Ben Laden n’est qu’un élément parmi beaucoup d’autres, dans ce tournant.   

 

 

 

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21 avril 2011

Le courant d'air libyen


 

L'écroulement sous le poids des révoltes populaires sans précédent, des systèmes (et les régimes) de Ben Ali en Tunisie le 14 janvier et de Moubarak en Egypte le 25 janvier, a créé une situation inédite en Libye. A la fin janvier 2011 alors que le Colonel Kadhafi "regrettait" dans des déclarations publiques la chute de ses deux amis Ben Ali et Moubarak, son pays situé entre l'Egypte et la Tunisie, deux pays en révolution, paraissait en plein milieu d’un courant d'aire. A la veille du 17 février 2011, date du début de la révolution libyenne, il était prévisible que le régime du Colonel Kadhafi et malgré sa complexité, ne résistera pas à ce courant d'aire qui s’avéra ravageurs et sanglant.

 

Confiné dans leur monde clos et convaincus de leur immunité, le Colonel Kadhafi et son équipe n'ont pas vu venir le grand tournant. Ils ont tenté de jouer le contre-courant  avant de reconnaitre la nouvelle réalité révolutionnaire dans les deux pays voisins. Mais le verdict de l'histoire était déjà prononcé. Dès le 15 février, le régime du Colonel Kadhafi s’est trouvé dans un tourbillon provoqué par ce courant d'aire ravageur.

 

Il était naturel pour que les révolutions en Tunisie et en Egypte évoluent à leurs rythmes et sans entraves extérieures, que le dispositif politico-familial du Colonel Kadhafi, "dégages" aussi. Animés par les leçons d’une longue histoire commune, ni les égyptiens ni les tunisiens ne se sentaient à l'abri d'une intervention du Colonel Kadhafi contre l'évolution démocratique de leurs pays. Par le passé, le Colonel Kadhafi  leur a montré sa volonté d'aider les régimes en place, à les étouffer même quand il maltraite ces régimes. Il suffit de se rappeler les vagues d'expulsions de Libye des immigrés tunisiens et égyptiens ou l'aide libyenne aux uns contre les autres au sein des gouvernants à Tunis et le Caire.  Beaucoup d'égyptiens et tunisiens parmi les jeunes qui ont fait "dégager" Ben Ali et Moubarak, l'ont dit: construire une démocratie est déjà une tâche difficile et entourée de dangers mais avoir comme voisin un Kadhafi ne cessant de manifester son hostilité à toute démarche démocratique et à l'état de droit, est un pari intenable.

 

Trois semaines après la chute de Ben Ali et Moubarak, la logique de la géopolitique a pris le dessus en Libye. Mais Kadhafi croyant en sa capacité de tenir tête au sens de l'histoire et à la logique de la géopolitique, a opté pour la stratégie sécuritaire la plus meurtrière. Il a ordonné dès le 15 février 2011, à ses hommes de laisser ouverts les dépôts d'armes de postes de polices. Inexpérimentés et peu habitués à l'organisation de manifestations de rue, certains jeunes libyens emportés par une frustration et une hostilité au pouvoir, se sont jetés sur les dépôts d'armes des postes de polices laissés volontairement par les autorités en libre accès. Ils ont pris le contrôle de ces postes de polices et se sont emparé des armes individuelles de policiers. A partir du moment où ils ont pris ces armes, ils  ont cessé pour les autorités du régime de Kadhafi,  d'être de jeunes manifestants pour être considérés comme des groupes armés et des terroristes. Les forces de sécurité libyennes ont reçu dès lors l'ordre de tirer sur ces groupes armés et "terroristes". A partir du 17 février 2011, il n'y a plus pour les autorités de manifestants mais que des "terroristes" et "scissionnistes" venant de l'étranger. Par naïveté ou par excès d’arrogance, le Colonel Kadhafi pensait que cette stratégie sécuritaire ne lui assurait pas seulement l’anéantissement par balles des ces jeunes contestataires mais en prime le soutien de l’occident puisqu’il s’agit de l’ennemi commun : les terroristes et les islamistes. Ses discours au cours des premiers jours de l’insurrection développaient cet argument avant d’y ajouter après l’adoption de la résolution 19973 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, celui d’un occident cherchant à contrôler le pétrole libyen.

 

Cette stratégie sécuritaire adoptée par le Colonel Kadhafi ne fait que prolonger la crise sans lui éviter l'inévitable chute. Il est vrai que la faiblesse en organisation des opposants libyens, l'intervention politique et militaire étrangères, la segmentation de la société libyenne, les positions ambigües des militaires et tribus, et l'étendue de l'espace géographique de a la Libye, ont présenté jusqu’à maintenant des facteurs favorables au Colonel Kadhafi. Mais, le tournant est installé malgré tout en Libye et l'évolution  même de manière anarchique de la situation ne peut déboucher que sur un changement radical pour un régime politique qu'aucun ni les opposants ni le Colonel Kadhafi n'expose clairement les contours.

 

Quelques soit la durée de la crise actuelle, le régime du Colonel Kadhafi ne peut lui survire. Par contre, la personne du Colonel Kadhafi qui est aujourd'hui au centre de la crise, peut être à un moment ou un autre, la solution et la fin de la crise..

Par Sellami Hosni

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07 juin 2010

Un Exodus palestinien ?

La "flottille de la liberté" affrétée par des organisations turques et internationales pour briser le blocus de Gaza, a réveillé chez les israéliens des fantômes angoissant. Ils ont cru voir en cette opération, un fantôme de l'un des actes fondateurs de l'Etats d'Israël, l'Exodus, récupéré par leurs adversaires, c'est-à-dire les palestiniens, pour les mêmes objectifs. Il est sans doute vrai que les organisateurs de la "flotte de la liberté" pour Gaza n'avaient pas autres objectifs que celui de briser le blocus de Gaza et apporter une aide humanitaire à sa population. Il est vrai aussi, que les israéliens ont cherché à justifier leur violence contre la "flottille", par tous les moyens mais n'ont à aucun moment, évoqué cette peur inavouable. Pourtant, les images et les conséquences, ont rappelé aux uns et aux autres, l’arrivée de l’Exodus ce 20 juillet 1947 au large de Haifa.

Les israéliens entretiennent l'histoire de l'Exodus comme un acte fondateur de leur Etat. L'Exodus est ce bateau de migrants juifs rescapés de la Shoah, parti du port de Sète en France le 11 juillet 1987 à destination de Palestine qui était à cette époque sous mandat britannique. La marine britannique s'est emparée de l'Exodus au large de Haifa le 20 juillet 1947 en interdisant à ses passagers, l'entrée en Palestine. Mobilisant la communauté internationale contre la répression par l'armée britannique, d’un mouvement humanitaire des rescapés de la Shoah, les migrants juifs ont entamé une grève de la faim. Cet acte fut par la mobilisation internationale qu'il a créée, l'une des composantes du socle juridico-politique de la proclamation de l'Etat d' Israël en mai 1948. Certains israéliens le considèrent comme l'acte fondateur de cette proclamation.

Il est fort plausible que les organisateurs de l'expédition de "la flottille de la liberté" pour briser le blocus de Gaza, ne se sont fixés aucun autre objectif que celui annoncé de briser le blocus et apporter une aide humanitaire à la population de Gaza. En revanche, on ne peut pas exclure que la réaction israélienne contre les occupants des six bateaux de "la flottille de la liberté", ne soit pas liée aux fantômes d'un Exodus palestinien. Il suffit de comparer le traitement qu'ils ont réservé aux passagers des six bateaux en majorité des arabes et des musulmans, à celui opposé au Rachel Corrie des irlandais. Sans assouplir le dispositif israélien du blocus de Gaza, ce décalage dans le traitement israélien des deux expéditions n'est pas forcément une conséquence d'une condamnation internationale de la violence israélienne contre  les six bateaux, mais le résultat d’un décryptage israélien interprétant l’initiative de la « flottille de la liberté » comme une périlleuse menace.

Très vite, la suite des évènements et les prises de position des uns et des autres, se sont succédées pour confirmer que cette expédition de la « flottille de la liberté » pour briser le blocus de Gaza, a marqué un tournant stratégique au Moyen-Orient. Voici quelques aspects de ce tournant stratégique :

a-       La Turquie n’est plus un pays médiateurs et facilitateurs des négociations et pourparlers de paix entre les arabes et les  palestiniens d’une part et les israéliens d’autre part. Le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou lui a facilité dès son installation au pouvoir, ce nouveau positionnement, en lui refusant son rôle de facilitateur des négociations indirectes entre Israël et  la Syrie. La Turquie est désormais partie prenante du conflit et – mieux encore – s’est clairement rangée dans ce large mouvement islamiste anti-israélien. Certains médias appartenant ou s’exprimant au nom des courants islamistes, ont donné à Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, la qualité de Khalife en le comparant – comme un quotidien algérien l’a fait – à Omar Ibn Al Khattab !, l'un des quatres premiers Khalifats de l'Islam. Justement, des islamistes turcs affirment – ce qu’ils ne le faisaient pas avant cette opération – que la chute de l’Empire Ottoman donc de la  Khilafatdes musulmans, avec l’aide des nationalistes arabes et le partage de ses territoires en 1920 par le fameux traité Sykes-Picot, a conduit à la perte de la Palestine. Ilest logique selon ce raisonnement, que la renaissance de l’islamisme sous l’impulsion turque, est une condition pour rétablir les palestiniens dans leurs droits. Partout dans le monde musulman, les mouvements et courants de l’Islam politique se rangent de plus en plus derrière les islamistes turques et leur chef Recep Tayyip Erdogan.  La Turquie par sa position géostratégique entre l’Europe et l’Asie, par son influence dans l’Asie centrale et aujourd’hui au Moyen Orient et par sa qualité de membre actif de l’OTAN, ne peut qu’acquérir une position de force de premier plan en se plaçant à la tête d’un Islam politique sunnite politisé et à la recherche d’un rôle déterminent sur le plan international. Ce retour en force de  la Turquie, a légué des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte et  la Jordanie, à un rôle secondaire, ce qui lui a facilité d’opérer de plus en plus clairement et sans même être critiquée par ses alliés occidentaux, un rapprochement stratégique avec  l’Iran. On imagine mal dans cette perspective, un respect efficace des sanctions internationales contre l’Iran rejetées par  la Turquie

b-     L’approche de la nouvelle administration américaine pour une paix négociée entre israéliens et palestiniens a pris un coup supplémentaire. Il est encore plus difficile  aux négociateurs palestiniens d’enregistrer une quelconque avancée des actuelles négociations indirectes sans la levée du blocus de Gaza et sans un réel accord acceptable par les deux parties sur les trois points de litige : les refugiés palestiniens, le statut de Jérusalem et les frontières des deux Etats. Sans résultats tangibles des négociations et un renouvellement par des élections générales de ses instances, l’Autorité palestinienne prendra la simple forme d’une administration locale. La dynamique actuelle de la dégradation des assises de l’Autorité palestinienne de Ramallah et ses interminables conflits avec les dirigeants de Hamas, ne conduisent qu’à la récupération par Hamas de la représentation politique de tous les palestiniens.

c-      Les pays arabes et leur « Ligue des Pays Arabes » qui étaient par moment, un soutien actif des mouvements palestiniens, ont marqué une présence minimale pour ne pas dire une impuissance maximale. Les gouvernements arabes, préoccupés par des impératifs internes, sont prisonniers voir liés par une position politique paradoxale : ils veulent à la fois la paix avec Israël et avec leurs propres peuples, sans avoir ni le pouvoir ni la force nécessaires pour faire adhérer ni la première ni les seconds à cette volonté transformée par la réalité du terrain en une illusion. Cette défaillance politique des gouvernements arabes, est une porte ouverte à toute nouvelle dynamique politique créant du coup de nouveaux rapports de force. L’acteur principal dans le Monde arabe, qui s’engouffre progressivement dans cette nouvelle dynamique, est un islam politique de plus en plus interventionniste dans la vie politique et sociale. Cet islam politique prédominant dans les opinions publiques arabes, ne néglige rien pour marquer sa présence et sa différence: comportement vestimentaire (voile, barbus, etc..), finances, enseignement, famille, statut de e la femme, culture, organisations sociales etc... Il prend soin aussi d’omettre de condamner ou renier l’islam radical des groupes armés. Politiquement et peut être pour mieux mobiliser la rue, cet islam politique dans les pays arabes y compris chez les palestiniens, est fédérateurs : il applaudit de la même manière et avec la même force, les discours et les faits des dirigeants de Hezbollah et de l’Iran, que celui de Hamas et Frères Musulmans de toute tendance.

Une brèche maritime avec les mêmes charges que le conflit lui-même, est désormais ouverte. Il suffit d'observer la multiplication des appels à envoyer d'autres "flottilles de la liberté" et l'agitation des uns et des autres, pour voir les contours d'une préparation d'un Exodus palestinien.

Sellami Hosni

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19 mars 2008

Les libanais et leur président..

LibanL'ancien président libanais Emile Lahoud a terminé son mandat le 23 novembre 2007 en quittant le palais présidentiel, sans remettre le pouvoir suprême à un quelconque successeur. Le parlement qui devait selon la constitution libanaise, se réunir avant un mois de la fin du mandat présidentiel, pour élire un nouveau président de la République, ne s'est pas réuni faute d'un accord entre les différents groupes politiques.

Les arguments en faveur de l'une ou de l'autre des positions exprimées par les différents protagonistes libanais, ne manquent pas. Il n'empêche que le Liban est un pays – peut être le seul pays au monde – sans chef de l'Etat depuis le 23 novembre 2007. Avant la fin du mandat du Président Emile Lahoud, personne n'imaginait sauf peut être les libanais, que le Liban pourrait continuer à vivre et éviter une guerre civile sans l'élection d'un Président de la République. Il faut se rappeler des commentaires qui  avant le 23 novembre 2007, prédisaient un retour à la guerre civile en cas d'un vide présidentiel. Les moins pessimistes affirmaient qu'un report de l'élection d'un président de la République libanaise est inacceptable. Des hauts responsables américains, européens, arabes et autres se sont rendus à plusieurs reprises à Beyrouth "pour résoudre la crise libanaise". Aucun de ces émissaires n'a réussi à débloquer "la crise libanaise" et ouvrir la route à une élection d'un président de la République.

Pendant ce temps et alors que tout le monde et surtout les hauts responsables des pays concernés, parlaient de crise libanaise et de situation inacceptable, les libanais continuent à vivre normalement. Certains répondent par un sourire candide lorsqu'on leur demande leur avis sur la "crise libanais". Rien n'a changé dans la vie de tous les jours des libanais. Depuis le départ du Président Emile Lahoud, l'économie libanaise n'a pas connu de secousses ou de crise et la lire libanaise est toujours stable. En fin de compte les libanais ont découvert que l'absence d'un président de la république à la tête du pays, n'est pas une source de catastrophe, de guerre civile ou de crise.

Alors, pourquoi ces cris surtout à l'extérieur du Liban, prédisant des catastrophes si les libanais n'élisaient  pas assez rapidement  un président et pourquoi des pays arabes ne cachent plus leurs inquiétudes si cette "crise libanaise" se prolongeait? Et pourquoi les libanais ne sont pas inquiets?

L'explication est simple: pour la première fois, un pays arabe apporte – involontairement – la preuve qu'il est possible à un peuple de vivre – et peut être mieux vivre – sans avoir à subir à tout instant la présence d'un chef de l'Etat qui croit et fait croire à son peuple, que sans lui rien ne marche et qu'il est le seul à pouvoir protéger le pays des catastrophes.

Les libanais qui ne sont pas inquiets de vivre dans un pays sans chef de l'Etat, peuvent avoir des soucis si les autres peuples arabes trouvaient dans  cette "crise libanaise" un bon exemple à suivre. Ces peuples arabes peuvent s'interroger – en regardant l'exemple libanais – sur l'utilité de leurs rois ou présidents et sur la crédibilité des discours de leurs chefs d'Etat  faisant croire que sans eux, le peuple serait poussière..

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28 janvier 2008

Kadhafi, un roi ou presque !!

En observant la carte, on ne peut s’empêcher d’admirer le vaste territoire libyen avec ses richesses naturelles et une population (environ 5,9 millions) qui occupe un espace n’excédant pas  les 5%  des 1 759540 km2 de la superficie totale de la Libye.

carte_LibyeHistoriquement, la Libye était depuis toujours un pont entre le Machrek et le Maghreb et un haut lieu des Zaouïas (notamment les Senousis) qui ont joué un rôle de premier plan dans la pénétration de l’Islam en Afrique subsaharienne. Du fait de ce double rôle,  la Libye n’a pas connu de structures propres à un Etat au sens moderne du terme. Aussi du fait de ce double rôle de pont entre le Maghreb et l’Orient et de porteur en Afrique d’un Islam tolérant, les libyens, un peuple nomade et tolérant,  n’ont jamais pris les armes pour attaquer ou conquérir des territoires ou agresser des voisins. Ils ont résisté à l'envahisseur venu du nord mais jamais à celui de l'Est (les arabes) ou du Sud (les africains). En somme, Kadhafi n'a rien inventé en intégrant finalement son pays dans un processus africain. En 1969, ce peuple tolérant a connu un changement de régime par un coup d’Etat dirigé par des sous-officiers dont le mieux instruits entre eux, n’a pas dépassé le niveau du baccalauréat. Ils ont aboli la monarchie et proclamé la République. De 1969 à 1977, les libyens ont tout connu sous le nouveau régime: les aventures internes, les projets avortés de l’unité arabe hâtive, les purges internes et  les disparitions sans procès. Ils ont eu même droit en 1973 à une campagne de destruction massive des livres, enregistrements culturels et instruments de musiques non conformes aux principes de la Révolution de 1969. Tous ceux qui ont vécu pendant les premières huit ans sous le nouveau pouvoir en Libye, dirigé par le Colonel Mouammar Kadhafi, savent aujourd’hui que  la Libye des années 1970 n’était pas gouverné mais vivait de Bab El Azizia à Tripoli jusqu’à Bengazi sous le rythme des luttes pour le pouvoir entre les « putschistes ». A aucun moment, le peuple libyen peut être par pacifisme, n’a été tenté par l’idée de renvoyer ces « putschistes » à leurs casernes.

KadhafiMoammar Kadhafi, plus malin que les autres a eu l’idée simple, voir simpliste : puisque nous nous affrontons les armes à la main pour le pouvoir, alors au lieu de s’entre-tuer on supprime le pouvoir, objet du litige. Et faute de le supprimer réellement, il faisait semblant. Le plus étonnant est que la majorité écrasante des libyens l'avait cru.

En 1977, il publie son « livre vert » sensé être le texte fondateur du nouveau régime et proclame la naissance de la république des masses : la Jamahiriya qui désigne le pouvoir des masses populaires. Les structures sont aussi simples : des congrès de base répartis par quartiers désignent des comités populaires qui participent au congrès régional qui procède à la désignation d’un comité et l’ensemble des ces comités régionaux forment avec les dirigeants de la société civiles (syndicats, organisations et associations), le congrès général du peuple qui lui, désigne le comité populaire général, c'est à dire le gouvernement. Les congrès n'élisent pas des représentants mais les désignent. Ils désignent aussi les membres des comités populaires. Les listes des candidats sont établis par des structures invisibles (services de sécurités et comités révolutionnaires) Plusieurs instances échappent à ce schémas : l’armée, les services de sécurité, le Trésor Public, la banque centrale, la compagnie nationale des hydrocarbures et les investissements extérieurs. Le poste de chef de l’Etat  n’existe pas officiellement mais ses prérogatives et pouvoirs sont exercés – provisoirement depuis 1977- par le Guide Moammar Kadhafi. La nouvelle structuration du pouvoir a accordé à Moammar Kadhafi le titre de Guide avant de faire proclamer à l’unanimité par le Congrès Général du Peuple, la fameuse résolution faisant loi de la parole du Guide.

Pour résumer les quelques pages du « Livre vert » du Colonel Kadhafi, un  dirigeant libyen des années 1970 a

Pour résumer aussi l’organisation de  la Jamahirya en comités populaires mis en place en 1977, il suffit de regarder de près comment les trois partis politiques du Maghreb avaient exercer le pouvoir : le Neo Destour en Tunisie, le FLN en Algérie et l’Isteqlal au Maroc. Alors que ce dernier n’a pas pu établir le pouvoir du parti unique, le Destour et le FLN ont gouverné la Tunisieet l’Algérie par l’encadrement de la base populaire en « cellules et sections » pour le Destour et en « Kesmats » pour le FLN. La Jamahirya de Kadhafi a repris la même architecture du Parti Destour des années 1960 en Tunisie et du FLN des années 1970, avec pour la Libye , une forte dose – plus forte encore que la police de Bourguiba et la Sécurité Militaire de Boumediene – de services de sécurité, de comités révolutionnaires et diverses services de renseignements et encadrement d’un peuple libyen fondamentalement pacifiste. Un régime de parti unique plus sophistiqué. Trente ans après la proclamation de la Jamahirya (pouvoir des masses), les libyens se trouvent devant une situation désastreuse:

-         Une monarchie rétrograde qui ne dit pas son nom, dont les acteurs (le père, les fils, la fille, les cousins et la tribu), exercent un pouvoir absolu. Un Guide (qui se prend pour un roi) détient le pouvoir à vie.

-         Une gouvernance anarchique, dont les lois et le droit passent après la volonté du maître (le Guide) et sa dynastie. Les vrais décideurs (Kadhafi et sa dynastie) ne rendent compte de leurs actes à personne.

-         Un parti unique à  têtes multiples: comités révolutionnaires, services de sécurités, cercles d'influences etc. Ils échappent à tout contrôle y compris celui des comités populaires.

Finalement, cette Jamahirya n'est-elle pas une caricature d'une monarchie rétrograde dans laquelle  ceux qui revendiquent une monarchie constitutionnelle, sont considéré comme des extrémistes ?

Peut-on s'étonner alors, de voir émerger dans cette Libye mal gouvernée, un courant islamiste radical et violent pour être une mauvaise solution à un vrai problème?.

A défaut de rapides réformes profondes instaurant un Etat de droit et une vie politique rationnelle, la Libye

malgré ses richesses – et peut être en raison de ces richesses – risque de sombrer dans l'abîme.

dit : «  pour connaître toute la théorie du livre vert, il suffit de lire la dernière phrase. Elle résume bien le livre et ses objectifs ». Or, la dernière phrase est la suivante : " telle est la démocratie véritable du point de vue théorique mais dans la pratique, ce sont toujours  les plus forts qui gouvernent ». Tout le reste est littérature digne d'un lycéen moyen.

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27 janvier 2008

Louisa Hanoune et Bourguiba

Certains ont découvert Louisa Hanoune durant les dix ans de crise mais d’autres, peu nombreux, l’ont connue pendant les années de clandestinité sur le terrain du militantisme syndical et politique ou dans les prisons du parti unique. Louisa est née avec le déclenchement de la guerre de libération de l’Algérie et dans un village kabyle pendu au sommet de la montagne. Elle a vécu les années de répression, de révolte et de lutte contre le pouvoir du parti unique. Elle, la femme de gauche radicale, la trotskiste, a été la première à sortir de la clandestinité en 1989 lors de l’instauration en Algérie du pluralisme politique après le soulèvement d’octobre 1988. Le Parti des Travailleurs, son parti, est le premier parti trotskiste dans le Monde arabe et le premier parti politique du Maghreb dirigé par une femme et occupe une place entière sur l’échiquier politique de son pays.  Ce parti dirigé par Louisa Hanoune , a conquis les sièges au Parlement et dans plus de 60 communes.   

HanouneAu sommet de la crise des années 1990, Ali Belhadj, le chef islamiste radical et numéro deux de l’ex FIS, l’a qualifié de seul homme politique en Algérie. Bouteflika s’est laissé dire en public qu’il rêvait d’un gouvernement avec 20 femmes du calibre de  Louisa Hanoune.

Pourtant, cette Louisa Hanoune et parce qu’elle est une femme algérienne, est soumise par le Code algérien de la famille aux règles et aux contraintes subies par toutes les algériennes : être tout au long de sa vie sous tutelle d’un père, frère ou mari. Sa vie – comme celle de toutes les algériennes -  est gérée par une loi de la famille aussi rétrograde qu’un féodal de l’époque la plus sombre de l’historie de l’humanité.

Les luttes de la société algérienne (femmes et hommes) pour la liberté du colonialisme d’abord puis du parti unique ensuite, n’ont pas conduit à libérer la femme algérienne de ses chaînes et de la tutelle de l’homme.

BourguibaEn Tunisie voisine, la femme est l’égale de l’homme dès la naissance. A sa majorité, au même âge que celui de l’homme, elle devient libre et responsable de sa vie. Le Code tunisien de la famille voulu par l’ancien président tunisien Bourguiba et  adopté en 1956, année de la naissance Louisa Hanoune !!, est unique dans le monde arabe et musulman. Ce code, cinquante ans après sa promulgation, fait partie du comportement et de la tradition des tunisiens. Le successeurs de Bourguiba l’a encore rendu plus libéral et libérateur en l’adaptant à l’évolution de la société. Un seul point échappe à ce code et à l’égalité des femmes et hommes tunisiens : l’héritage dont la gestion est définie clairement par le texte coraniques en accordant à l’homme la double part de la femme. Sans avoir recours à la loi, la conscience populaire des tunisiens a abrogé cette règle. Par testament, le partage de l’héritage se fait de plus en plus à parts égales entre les hommes et la femmes. Dans les textes de loi et de la constitution, mais aussi dans la vision de la société, rien n’empêche la femme tunisienne d’assumer toute fonction ou responsabilité y compris celle de Chef de l’Etat.

Or, un demi siècle de pratique de l’égalité totale entre hommes et femmes et application d’un code de la famille sans équivalent, la Tunisie n’a pas vu émerger une Louisa Hanoune. Aucune femme tunisienne n’a pu casser les tabous et occuper une position en premier ligne : chef de parti, chef de gouvernement ou même présidente du Parlement. Deux petites exceptions : Radhia Haddad, la première présidente de l’Union des Femmes Tunisiennes ;  et depuis quelques mois, Maya Jerbi, Secrétaire Général du Parti Démocratique et Progressiste. La première a fait sa carrière dans l’ombre de Bourguiba et Ahmed Mestiri, et la deuxième est trop éphémère et sous l’oeil vigilent de son président d’honneur Najib Chebbi pour être comparer à Louisa  Hanoune ou sa compatriote Radhia Haddad.

Femme_libreDans les deux cas, celui de l’Algérie où le militantisme politique n’a pas libéralisé le statut juridique  et celui de la Tunisie où le statut juridique n’a pas conduit à libérer le social et le politique, la problématique est la même : La liberté et l’exercice du droit sont liés et un tout et ne peuvent être fractionnées. Sans un statut juridique instaurant l’égalité des femmes et des hommes, la liberté politique et le développement économique en Algérie restent fragiles et partiels. Sans le « développement politique et de la société civile» de la société tunisienne, le statut juridique  de la femme et l’Etat de droit, sont « des handicapés » de la modernité.

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16 janvier 2008

Le Polisario, pourquoi faire ?

Les crises successives de la monarchie marocaine et le roi Hassan II en particulier de 1971 à 1973, avec deux tentatives de coup d'Etat et un début de rébellion armé en mars 1973, ont provoqué des vagues de réfugiés politiques marocains en Algérie. En avril 19973, le nombre de ces réfugiés inscrits et recensés par les services algériens, a atteint 29000 dont plusieurs dirigeants de l'USFP et  de l'extrême gauche. Parmi ces dirigeants il y a avait l'un des leaders de l'USFP et figure de la résistance marocaine Fqih El Basri, ses amis du Mouvement de la Libération du Sahara et certains militants de  l'extrême gauche qui a cru à cette époque pouvoir renverser la monarchie marocaine par les armes et la lutte armée populaire.

La gauche marocaine avait à cette époque, deux objectifs majeurs:: le renversement de la monarchie et la libération des territoires encore occupés par l'Espagne au sud du pays (Sahara Occidental ou Saquiat Al Hamra et Ouadi El Dhahab)) et au nord (Ceuta et Melilla). Il était donc normal de voir des jeunes originaires de ces territoires prendre les armes avec les autres marocains pour leurs deux objectifs communs. Mais la répression exercée par le général Oufkir et le Makhzen, a mis ces jeunes et militants de la gauche marocaine, devant un choix simple: les prisons de Hassan II ou l'Algérie révolutionnaire et socialiste.

Conflit frontalier ou ouverture sur l'Océan?

FrontiresEn un redoutable stratège politique, le Moustachu (le Président algérien Houari Boumediene), a transmis en 1972 à l'Assemblée Nationale Populaire (parlement algérien), l'accord algéro-marocain de juin 1972 sur le tracé des frontières pour ratification. L'accord qui a été négocié entre les deux pays pendant deux ans (de juin 1970 à juin 1972) et appelé accord de Tlemcen, a été ratifié du côté algérien début 1973. Houari Boumediene demande alors à Hassan II, de procéder à la ratification de l'accord avant de le déposer à l'ONU. Or, Hassan II, n'avait à cette époque qu'un seul soucis: sauver son trône et la monarchie de la menace des coups d'Etat et d'un soulèvement armé qui se dessine à l'intérieur du pays. Cela n'a pas empêché ses conseillers de l'époque de lui affirmer, que toute ratification marocaine de cet accord  conclu en un moment de faiblesse de la monarchie, implique une acceptation définitive par le Maroc d'un tracé des frontières par lequel il abandonne à l'Algérie des territoires riche en ressources énergétiques, historiquement marocains et représentant  environ 40% du territoire de l'Algérie actuelle. La revendication marocaine de ces territoires n'est pas morte jusqu' à ce jour. Depuis le 19ème siècle, les conflits de délimitation des frontières entre le Maroc et l'Algérie, se sont cristallisés autour des litiges d'allégeances des tribus des zones disputées au Day d'Algerie ou au Sultan du Maroc.

Les dirigeants algériens, Houari Boumediene en tête, ont compris que la négligence de Hassan II de ratifier l'accord sur le tracé des frontières, est une manœuvre pour gagner du temps afin de résoudre ses problèmes intérieurs et mobiliser ses forces pour déclencher le moment opportun une nouvelle guerre de frontières.  Houari Boumediene n'a pas oublié que la guerre des sables de  1963 a éclaté à la suite d'un conflit sur l'application d'un accord sur les frontières signé deux ans plus tôt. En effet, une fois indépendante en 1962, l'Algérie présidée par Ahmed Ben Bella, a demandé au Maroc l'application de l'accord du tracé des frontières conclu avec le gouvernement provisoire algérien présidé par Ferhat Abbas le 6 juillet 1961. On connaît la suite: peu de temps après cette demande algérienne, une guerre a éclaté entre les algériens et les marocains sur un fonds de litiges frontaliers.

Le Polisario: une carte  de pression ou une option stratégique

Les dirigeants de la gauche marocaine réfugiés à Alger se rappellent certainement, des préparatifs qui ont abouti en mai 1973 à la fondation du Polisario. Les  hommes du Colonel Kasdi Merbah (Sécurité Militaire) ont fait le tour à Alger des réfugiés de la gauche marocaines originaires des territoires occupés par l'Espagne. Les dirigeants de l'USFP et les amis de Fkih Basri ont refusé toute instrumentalisation algérienne de leur situation et beaucoup ont quitté l'Algérie dès l'annonce de la naissance du Polisario. Les hommes du Colonel Merbah ont consulté aussi d'autres réfugiés marocains. A cette époque – avril 1973 – la politique de décolonisation adoptée par l'Espagne post franquiste, n'était pas encore visible.

BoumedieneHassan2Il était claire en avril 1973 que Houari Boumediene était habitée par un souci majeur: faire  accepter et valider par le Maroc, l'accord de tracé des frontières dit accord de Tlemcen afin de prévenir et éviter une nouvelle guerre entre les deux pays. Il fallait pour cela et pour faire face au refus marocain, mettre en place un rapport de force durablement favorable à l'Algérie  et suffisamment dissuasif pour empêcher le déclenchement par le Maroc d'une nouvelle crise armée. Le Polisario est ainsi né en Mauritanie qui était à cette époque encore sous l'emprise des conséquences du rejet de son indépendance en 1961 par le Maroc qui revendiquant jusqu'au début des années 1970 son annexion au Maroc. Beaucoup de  marocains se sont interrogé après la disparition de Hassan II en 1999, sur le sérieux  de la délégation marocaine pour les négociations de l'indépendance qui a accepté en contre partie de la proclamation de l'indépendance du Maroc en 1956, que leur pays reste amputé de ses territoires du Sud et du Nord.

La politique de décolonisation adoptée par l'Espagne à partir de  1974, a renforcé la position algérienne dans son soutien au Polisario. A partir de 1975 (la marche verte de Hassan II), le soutien algérien au principe du droit des sahraouis à l'autodétermination a pris le pas – parce qu'il représente un argument politiquement et juridiquement plus acceptable sur le plan international -  sur celui de la sécurisation des frontières. Le droit des sahraoui à l'autodétermination et – plus tard – le respect du droit international et les résolutions de l'ONU, ont permis à l'Algérie de séparer le conflit frontalier  de celui de la contestation de la marocanité du Sahara Occidental tout en conservant les avantages du conflit sur l'avenir du Sahara Occidental. Pourquoi? Tout simplement parce qu'un conflit frontalier algéro- marocain s'il est porté devant les instances internationales, risque de mettre en cause les précédents accords sur les frontières et ouvrir la voie à une légitimation de la revendication marocaine sur 40% du territoire algérien actuel. La revendication de l'indépendance du Sahara Occidental était dès 1973, le moyen le plus efficace pour taire toute tentative marocaine de porter le conflit frontalier avec l'Algérie devant les instances internationales.

La position algérienne dans le dossier du Sahara Occidental est dictée d'abord par un impératif de souveraineté nationale, un souci d'intégrité territoriale et un besoin de sécurité. Elle est dictée en suite par l'adhésion spontanée des algériens à un principe hérité de la guerre d'indépendance  qui est le droit des peuples à l'autodétermination. Cela explique le consensus national algérien sur cette position.

Il est donc inexact de dire que l'Algérie apporte son soutien au Polisario pour se voir une fois le Polisario prend le contrôle du Sahara Occidental, accorder une ouverture sur l'Océan Atlantique et bénéficier de facilités pour l'exportation de son pétrole et gaz. La preuve a été donnée par le passage sans problème du gazoduc algérien par le Maroc vers l'Espagne. Il est inexact aussi de dire que la position de l'Algérie dans le conflit du Sahara Occidental n'est défendue que par les "généraux" algériens et une fois ceux-ci abandonnent le pouvoir, tout sera possible. La preuve du contraire, est dans le consensus algérien autour de ce soutien aux sahraouis même au moment des crises et de la mise en accusation de l'armée algérienne par des algériens dans des affaires internes.

Hésitations marocaines

Jusqu'au début de 1973, la position algérienne était réputée soutenir la décolonisation des territoires occupés par l'Espagne au sud et au nord du Maroc tout en reconnaissant implicitement leur appartenance au Maroc. En tout cas, cette appartenance n'était pas jusqu'à fin 1972 contestée ni par l'Algérie ni par aucun autre pays maghrébin.

La marche verte organisée et conduite par Hassan II, le 6/11/1975 sans aucune coordination au cours préparatifs ni avec les pays voisins ni avec la gauche marocaine, a conduit à la récupération par le Maroc de la grande partie puis en 1979, de la totalité du Sahara Occidental. La démarche de Hassan II, a été sentie par l'Algérie et par beaucoup de sahraouis comme une provocation. Sans refaire l'histoire à posteriori, Hassan II aurait pu gagner l'adhésion des sahraouis qui n'avaient pas encore à cette époque, opté pour le Polisario, s'il les avait associés à la marche verte.

Jusqu'au cessez-le feu en 1991, le Maroc avait opté pour la riposte armée par la construction d'un mur de sécurité et une présence militaire et administrative conséquentes au Sahara Occidental. Cette présence a été accompagnée par un effort remarquable de développement économique et par l'encouragement du flux migratoire et économique du nord vers le sud. Puis, après 1991, le Maroc change de conduite en optant pour les négociations, l'incitation des dirigeants du Polisario à regagner le Maroc, et pour une nouvelle approche dans sa politique algérienne en abandonnant une politique de détente pour une autre basée jusqu'à 1999, sur ce que Hassan II a appelé publiquement "faire le lit des islamistes algériens" y compris les groupes islamistes armés (affaire Abdelhak Layada). Hassan II pousse son optimisme de voir les islamistes prendre le pouvoir à Alger jusqu'à la publication en 1992, de l'accord de Tlemcen de 1972 au Journal Officiel marocain. C'est sans doute cette approche qui a mis en éclat la politique de détente entre les deux pays née en 1989. Ella a conduit à la fermeture des frontières depuis 1994. 

Quelques mois après la disparition de Hassan II (23/07/1999), le Maroc a changé encore une fois de stratégie en optant pour une solution de la question du Sahara Occidental basée sur  une autonomie large dans le cadre de la souvraineté marocaine et d'un Maroc régionalisé. Cette nouvelle stratégie est accompagnée par une "normalisation économique" des provinces du Sahara Occidental qui perdent ainsi les privilèges encourageant le flux des investissements et migratoire et par la création du CORCAS (Conseil Royal Consultatif des Affaires du Sahara) regroupant les notables et chefs des tribus  du Sahara. Encore une fois, le Maroc opte pour une stratégie unilatérale.

La monarchie marocaine qui représente depuis des siècles, le ciment et donc le garant de l'unité du peuple et du territoire marocains de composantes diversifiées, prend en optant pour la régionalisation et l'autonomie, le risque d'un développement rapide du séparatisme régional. On peut légitimement qualifié cette stratégie par une imitation  imprudente du modèle espagnol. Mais cette nouvelle stratégie, a au moins le mérite de reconnaître l'impossibilité de l'organisation d'un référendum pour l'autodétermination. Certains observateurs ont allé jusqu'à dire que le Maroc a pris le risque de la régionalisation pour se positionner en modèle encourageant les Kabyles algériens à réclamer un statuts similaires.

Tous pour le blocage?

Le point commun de ces différentes approches marocaines pour trouver une solution à la question du Sahara Occidental, est la recherche permanente d'un moyen pour contourner le fond du problème qui est "la reconnaissance et la sécurisation de ses frontières avec l'Algérie". Le Maroc a toujours qualifié la question du  Sahara Occidental de conflit algéro- marocain, mais n'a jamais dépassé ce simple constat pour construire avec ses voisins un réel projet géopolitique d'entente avec  l'Algérie. Il a favorisé par cette démarche le maintient du blocage et du stat quo.

L'Algérie a pris le chemin inverse. Depuis le décès de Houari Boumediene en décembre  1978, l'Algérie a maintenu - avec quelques aménagements mineurs et de circonstance - la même position: le conflit du Sahara Occidental est fondamentalement un conflit de décolonisation. Il  oppose le Polisario et le Maroc et ne peut être résolu qu'en respectant les résolutions de l'ONU et le principe du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.

Trente cinq an après, le conflit du Sahara Occidental proprement dit a débouché sur deux faits majeurs : un drame humain et fait politique.

Le drame humain est celle des sahraouis. Ils sont dispersé entre ceux qui habitent l'ancienne colonie espagnole (Sahara Occidental), ceux qui ont choisi l'exode vers le nord du Maroc et les pays d'immigration, et ceux qui peuplent les camps de réfugiés à Tindouf (Algérie). Ces réfugiés sahraouis de Tindouf dont le nombre est proche des 165000, représentent le réel drame de ce conflit. Sur ces 165000 il y a 155000 classés par l'Union Européenne  comme pauvres vivant sur l'aide internationale. Les autres, environ 10 000 représentent le bassin des responsables, cadres  et sympathisants du Polisario et de  la RASD (République Arabe Sahraoui Démocratique) et ne vivent qu'occasionnellement dans les camps de Tindouf.

Le fait politique est la présence durant les 35 dernières années d'une organisation politique (le Polisario), et de structures administratives et sécuritaires (RASD) qui contrôlent, représentent et en tout cas parlent au nom des 165000 réfugiés. Le Polisario et ses structures sont aujourd'hui incontournables dans toute option qui pourrait être mise sur la table pour résoudre le conflit du Sahara. Le Polisario n'est pas seulement une organisation politique et administrative jouant le rôle d'encadrement de rigueur des réfugiés de Tindouf, mais aussi "une force de frappe" au service d'une stratégie ne présentant pour toute sortie du conflit que l'option d'indépendance du Sahara Occidental. Tout en arrivant aux mêmes conclusions que le Maroc sur l'impossibilité de l'organisation d'un référendum, le Polisario tient à ce référendum qui devient par son infaisabilité, un argument d'une revendication justifiant dans le fond mais pas dans la forme, le maintient du blocage et du stat quo.

Le Polisario, pourquoi faire?

SaharaLe 12ème congrès du Polisario (décembre 2007) représente dans cette logique un tournant. Le Polisario a décidé lors de ce congrès de rompre le cessez le feu de 1991 et reprendre les armes si dans un délais de six mois (jusqu'à juin 2008) les négociations avec le Maroc lancées en juins 2007 sous l'égide de l'ONU, n'ont pas débouché sur une avancée significative. Cette menace de reprise de la "lutte armée", intervient dans un contexte de reprise de la course au réarmement des pays du Maghreb. On peut légitimement s'interroger sur les finalités des importants contrats d'armement conclus par l'Algérie et par le Maroc durant les deux dernières années. Le Polisario n'a fait par sa déclaration menaçant de reprise des combats, que s'intégrer à ce climat de tension dans la région.

Même si l'éventualité d'une reprise de combats n'est pas à exclure, il est improbable que cette course au réarmement et la menace de reprise de la "lutte armée", conduisent à un conflit armé même limité. Par contre, il n'y a pas de doute sur la volonté des parties concernées par le conflit du Sahara, de rechercher un nouveau souffle permettant de perdurer le blocage et le stat quo et éviter une éventuelle pression de la communauté internationale pour sortir de ce conflit vieux de 35 ans.

En maintenant le blocage et le stat quo, les parties en conflits au Sahara Occidental ont neutralisé toute tentative sérieuse visant à former un bloc maghrébin capable de favoriser des relations équitables avec l'Union Européenne. Il va sans dire que l'Union du Maghreb Arabe ne peut fonctionner voire exister s'il ignorait le conflit du Sahara Occidental. L'UMA a préféré depuis 1989, date de la fondation de ce rassemblement régional, ignorer ce conflit par impuissance de l'intégrer dans un projet géopolitique ambitieux du Maghreb de demain.

Les partenaires de l'U.M.A. ont préféré ignorer durant les 20 dernières années tout conflit ou litige secouant le Maghreb ou ses composantes. L'UMA a ainsi ignorer le conflit du Sahara, le terrorisme en Algérie, l'affaire de l'île de Leila entre le Maroc et l'Espagne, les sanctions internationales contre  la Libye, les négociations sur un statut de politique de coopération et de voisinage avec l'Union Européenne, les conflits frontaliers entre les pays du Maghreb etc.. Dans ce cas, les peuples du Maghreb peuvent légitimement s'interroger sur l'utilité de "ce machin": UMA.

Le Moustachu (Houari Boumediene) a lancé en 1973 au moment de la fondation du Polisario et le début du conflit du Sahara Occidental, son célèbre projet sur "le Maghreb des peuples" en opposition au Maghreb des Etats. Mais 35 ans plus tard,  ce projet a abouti à un leurre représenté par un UMA inexistante et  90 millions de maghrébin pris en otage par le conflit du Sahara Occidental.

Si le Polisario n'abandonnait pas ses réflexes et analyses datant de l'ère de la guerre froide, parti unique et régimes totalitaires, en optant pour une initiative historique ouvrant la voie à un véritable Maghreb Uni, il s'inscrit dans une configuration où il serait une cause importante du déclin, sous développement et déchirements dans tout le Maghreb.

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09 janvier 2008

Mauritanistan

La Mauritanie est-elle devenue un pays à risque et sous la menace du terrorisme, quelques mois seulement après avoir élu démocratiquement un président civil et le retour des militaires  du coup d'Etat de  août 2005 à leurs casernes? En décembre 2007, deux attaques terroristes ont eu lieu contre quatre touristes français à Aleg le 21/12/2007 et contre une patrouille de l'armée mauritanienne le 24/12/2007 au nord ouest du pays.

MMCes attaques entraînant la mort de trois touristes et quatre soldats, ont déclenché une réaction jugée par les mauritaniens de démesurée et exagérée. Les organisateurs du Rallye Paris – Dakar qui devait passer par la Mauritanie, ont annulé la course pour des raisons de sécurité et menace terroriste sur les étapes  passant par la Mauritanie.Des consignes de prudence et recommandant l'annulation des voyages, ont été données aux touristes européens voulant se rendre en Mauritanie.

Deux semaines plus tard, les deux attaques terroristes ont créé par les réactions en Europe, un climat détestable suggérant que la Mauritanie est devenue un pays à haut risque pour les étrangers. On a pu entendre ou lire  que la Mauritanie est désormais sous le contrôle des islamistes armés  et que le GSPC algérien (labellisé depuis quelques temps en Qaida du Maghreb Islamique) a installé son siège et ses camps d'entraînement au nord du pays.

En juin 2005 lorsque un groupe islamiste armé a attaqué la caserne de Limgheity au Nord Est de la Mauritanie tuant 15 militaire des et blessant 39 autres, personne n'a crié comme aujourd'hui, que la Mauritanieest devenu un pays dangereux et sous le contrôle des terroristes. Seuls les militaires mauritaniens ont tiré à la suite de cette attaque, la leçon qui s'imposait: sans une ouverture démocratique réelle et visible, le pays risque de sombrer dans le chaos et le terrorisme. En out 2005,  il y a eu un coup d'Etat suivi d'une période transitoire d'un an et demi avant l'organisation des élections locales, législatives et présidentielle qui ont permis à l'armée de rentrer dans ses casernes et le pays de connaître un régime civil opérant une ouverture démocratique. Une fois installé, le nouveau pouvoir pour donner des gages de transparence et volonté d'instaurer la démocratie, a libéré tous les prisonniers politiques y compris les islamistes et les radicaux. D'ailleurs, l'un des auteurs de l'attentat de Aleg du 21/12/2007, est un islamiste radical libéré par le nouveau pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah, l'actuel président mauritanien élu démocratiquement en 2007.

Le débat sur les conditions de l'ouverture, la transition et l'instauration de la démocratie en Mauritanie de 2005 à 2007 puis les décisions du nouveau pouvoir civil notamment dans le domaine de la sécurité, peut révéler des erreurs et des mauvaises appréciations de la  situation du pays et son environnement géopolitique. Cela est l'affaire des forces politiques et les composantes de la société civile en Mauritanie. Par contre, l'opinion publique notamment au Maghreb est en droit de s'interroger sur le véritable paradoxe européen. En déclarant en décembre 2007 la Mauritanie pays à risque et sous menace terroriste, on a livré sur un plateau en or un argument aux partisans de l'instauration d'un régime dur et sécuritaire, pour  étouffer dans l'œuf la nouvelle orientation démocratique et d'ouverture en Mauritanie.  Ce message est encore plus dangereux lorsqu'il est décrypté par les  autres peuples des pays du Maghreb. Il leur dit ce ci: l'instauration de la démocratie conduit obligatoirement à l'irruption du terrorisme et des islamistes armés. L'expérience algérienne est là pour confirmer ce message. Peut-on alors demander à ces peuples maghrébins de se mobiliser pour instaurer la démocratie. Certains nostalgiques du régime du parti unique et du pouvoir personnel, trouvent très commode d'avertir d'annoncer que la démocratie conduit au terrorisme. Les exemples ne leur manquent pas. Et les preuves non plus: puisque les européens qui n'on pas déclaré la Mauritaniepays à risque en 2005, ils l'ont fait en 2007 après des élections démocratiques.

Il est peut être plus utile pour la démocratie d'apporter une soutien à une expérience démocratique naissante même si elle est traversée par des courants radicaux, que de satisfaire le véritable objectif des terroristes  qui est de terroriser els démocrates, en déclarant le pays, une destination à risque.

Sellami Hosni

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30 décembre 2007

Les Don Quichotte de Bengazi

Depuis quelques semaines un mouvement de protestation et de colère est perceptible dans les mosquées, les milieux universitaires et les cercles culturels et intellectuels de Bengazi en Libye. Les imams dans leurs prêches de vendredi et les intellectuels dans une lettre ouverte au Procureur général Mohamed Mesrati, ont demandé l'interdiction et le retrait de la vente, d'un roman portant le titre "la faim a d'autres visages" de Wafa Al Bouissi.

wafalawyerLe roman relate l'historie d'une adolescente libyenne qui a été retenue chez son oncle égyptien à Alexandrie à la suite de la rupture des relations entre l'Egypte et la Libye et la fermeture des frontières entre les deux pays  en 1978. En subissant un mauvais traitement par l'épouse de son oncle, l'adolescente s'est trouvée dans la rue vivant sous l'emprise de la faim  et l'insécurité. Sa vie se transforme en un ensemble de réflexes de survie et de recherche d'une liberté porteuse de beaucoup d'inconnus. Parce qu'elle avait faim, elle a trouvé refuge dans une église puisque la mosquée est fermée en dehors des heures de la prière. Elle constate qu'à l'église, personne ne lui demande rien. Mieux encore, elle observe une certaine égalité de traitement et de comportement entre l'homme et la femme et entre les paroissiens et les étrangers. L'adolescente s'est défaite peu à peu des contraintes de sa famille, de ses traditions et de sa société pour plonger dans une vie de liberté y compris la liberté sexuelle en se laissant vivre au grè des rencontres. Elle plonge aussi dans les nuits de joie et des plaisirs de Alexandrie des années 1980. Le roman est le récit d'une adolescente perdue et libérée de tous ses tabous et contraintes. Elle regarde le monde à travers une vie de vagabondage et un vide créé en elle par la faim et l'insécurité. Les deux tiers du roman, sont consacrés à une comparaison parfois tacite et souvent explicite, entre deux mode de vie: celle de la société traditionnelle libyenne et celle d'Alexandrie plus libre et très diversifiée. La comparaison fait appel aux traditions, à la religion, au comportement social des hommes et des femmes et à plusieurs aspects de la vie de deux mode très différentes, sinon contradictoires, de la société de Bengazi et d'Alexandrie.

L'écrivain, Wafa Al Bouissi est une jeune femme libyenne de 34 ans et d'une famille de Bengazi.. Elle est musulmane pratiquante et voilée (voir sa photo). Elle est depuis 1998, avocate spécialisée en droit pénal et inscrite au barreau de Bengazi..

L'éditeur  est la revue Al Mouatamar  éditée elle-même par le Centre du Livre Vert de Bengazi.

wafa_2Il ne s'agit donc pas d'un roman d'une femme libertine ou provocatrice. Il ne s'agit pas non plus d'un roman d'une femme non musulmane ou athée qui a voulu "abaisser" l'Islam. Il ne s'agit pas d'un roman d'opposition puisqu'il a été publié par le socle de l'idéologie dominante du pouvoir politique en place: le Centre du Livre Vert. Il ne s'agit pas non plus d'un roman glorifiant le régime politique en place et son livre vert, puisqu'il dresse une série de critiques visant le model social libyen. D'ailleurs, les autres essais de l'écrivain publiés en Libye, n'épargne pas  les gouvernants libyens d'une critique parfois assez pertinente.

Alors pourquoi ces meutes composées d'un mélange étrange d'opposants islamistes, royalistes et autres tendances au pouvoir politique en place en Libye, de membres des comités révolutionnaires au pouvoir en Libye, de responsables politiques locaux et de plusieurs  activistes accusant l'écrivain de blasphème et crimes contre la société et les traditions libyennes?

Deux explications peuvent apporter une réponse à cette question:

La première explication trouve ses origines dans les années 1973-1977 à Bengazi lorsque le Colonel Kadhafi qui préparait à cette époque le lancement de son Livre Verte et sa conception du pouvoir des masses "Jamahirya", a ordonné à ses sympathisants de brûler dans les places publiques tous les livres, instruments de musiques et autres supports culturels qui ne sont pas conformes à l'idéologie dominante, celle du Colonel Kadhafi. Trente ans plus tard, toute une génération née de ce néant intellectuel - ou "ce savoir incendié et brûlé", se réveille sans repères. C'est cette génération perdue comme l'adolescente du roman de Wafa Al Bouissi, qui constitue cette meute qui veut interdire le roman. C'est une génération qui veut fuir sa peur  et son acte de naissance écrit par les cendres du savoir.

La deuxième explication est la plus grave. La ville de Bengazi – puisque les protestations se sont fait entendre surtout à Bengazi - a abandonné son caractère de ville d'ouverture, de liberté et de croisement de cultures.

Ces meutes réclamant l'interdiction d'un roman qui n'est en fin de compte qu'un cri de liberté, ne sont-il pas des liberticides au moment où leur ville, leur pays et eux-mêmes, ont un besoin vital de liberté …

Sellami Hosni

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