19 mars 2008
Les libanais et leur président..
L'ancien président libanais Emile Lahoud a terminé son mandat le 23 novembre 2007 en quittant le palais présidentiel, sans remettre le pouvoir suprême à un quelconque successeur. Le parlement qui devait selon la constitution libanaise, se réunir avant un mois de la fin du mandat présidentiel, pour élire un nouveau président de la République, ne s'est pas réuni faute d'un accord entre les différents groupes politiques.
Les arguments en faveur de l'une ou de l'autre des positions exprimées par les différents protagonistes libanais, ne manquent pas. Il n'empêche que le Liban est un pays – peut être le seul pays au monde – sans chef de l'Etat depuis le 23 novembre 2007. Avant la fin du mandat du Président Emile Lahoud, personne n'imaginait sauf peut être les libanais, que le Liban pourrait continuer à vivre et éviter une guerre civile sans l'élection d'un Président de la République. Il faut se rappeler des commentaires qui avant le 23 novembre 2007, prédisaient un retour à la guerre civile en cas d'un vide présidentiel. Les moins pessimistes affirmaient qu'un report de l'élection d'un président de la République libanaise est inacceptable. Des hauts responsables américains, européens, arabes et autres se sont rendus à plusieurs reprises à Beyrouth "pour résoudre la crise libanaise". Aucun de ces émissaires n'a réussi à débloquer "la crise libanaise" et ouvrir la route à une élection d'un président de la République.
Pendant ce temps et alors que tout le monde et surtout les hauts responsables des pays concernés, parlaient de crise libanaise et de situation inacceptable, les libanais continuent à vivre normalement. Certains répondent par un sourire candide lorsqu'on leur demande leur avis sur la "crise libanais". Rien n'a changé dans la vie de tous les jours des libanais. Depuis le départ du Président Emile Lahoud, l'économie libanaise n'a pas connu de secousses ou de crise et la lire libanaise est toujours stable. En fin de compte les libanais ont découvert que l'absence d'un président de la république à la tête du pays, n'est pas une source de catastrophe, de guerre civile ou de crise.
Alors, pourquoi ces cris surtout à l'extérieur du Liban, prédisant des catastrophes si les libanais n'élisaient pas assez rapidement un président et pourquoi des pays arabes ne cachent plus leurs inquiétudes si cette "crise libanaise" se prolongeait? Et pourquoi les libanais ne sont pas inquiets?
L'explication est simple: pour la première fois, un pays arabe apporte – involontairement – la preuve qu'il est possible à un peuple de vivre – et peut être mieux vivre – sans avoir à subir à tout instant la présence d'un chef de l'Etat qui croit et fait croire à son peuple, que sans lui rien ne marche et qu'il est le seul à pouvoir protéger le pays des catastrophes.
Les libanais qui ne sont pas inquiets de vivre dans un pays sans chef de l'Etat, peuvent avoir des soucis si les autres peuples arabes trouvaient dans cette "crise libanaise" un bon exemple à suivre. Ces peuples arabes peuvent s'interroger – en regardant l'exemple libanais – sur l'utilité de leurs rois ou présidents et sur la crédibilité des discours de leurs chefs d'Etat faisant croire que sans eux, le peuple serait poussière..
28 janvier 2008
Kadhafi, un roi ou presque !!
En observant la carte, on ne peut s’empêcher d’admirer le vaste territoire libyen avec ses richesses naturelles et une population (environ 5,9 millions) qui occupe un espace n’excédant pas les 5% des 1 759540 km2 de la superficie totale de la Libye.
Historiquement, la Libye était depuis toujours un pont entre le Machrek et le Maghreb et un haut lieu des Zaouïas (notamment les Senousis) qui ont joué un rôle de premier plan dans la pénétration de l’Islam en Afrique subsaharienne. Du fait de ce double rôle, la Libye n’a pas connu de structures propres à un Etat au sens moderne du terme. Aussi du fait de ce double rôle de pont entre le Maghreb et l’Orient et de porteur en Afrique d’un Islam tolérant, les libyens, un peuple nomade et tolérant, n’ont jamais pris les armes pour attaquer ou conquérir des territoires ou agresser des voisins. Ils ont résisté à l'envahisseur venu du nord mais jamais à celui de l'Est (les arabes) ou du Sud (les africains). En somme, Kadhafi n'a rien inventé en intégrant finalement son pays dans un processus africain. En 1969, ce peuple tolérant a connu un changement de régime par un coup d’Etat dirigé par des sous-officiers dont le mieux instruits entre eux, n’a pas dépassé le niveau du baccalauréat. Ils ont aboli la monarchie et proclamé la République. De 1969 à 1977, les libyens ont tout connu sous le nouveau régime: les aventures internes, les projets avortés de l’unité arabe hâtive, les purges internes et les disparitions sans procès. Ils ont eu même droit en 1973 à une campagne de destruction massive des livres, enregistrements culturels et instruments de musiques non conformes aux principes de la Révolution de 1969. Tous ceux qui ont vécu pendant les premières huit ans sous le nouveau pouvoir en Libye, dirigé par le Colonel Mouammar Kadhafi, savent aujourd’hui que la Libye des années 1970 n’était pas gouverné mais vivait de Bab El Azizia à Tripoli jusqu’à Bengazi sous le rythme des luttes pour le pouvoir entre les « putschistes ». A aucun moment, le peuple libyen peut être par pacifisme, n’a été tenté par l’idée de renvoyer ces « putschistes » à leurs casernes.
Moammar Kadhafi, plus malin que les autres a eu l’idée simple, voir simpliste : puisque nous nous affrontons les armes à la main pour le pouvoir, alors au lieu de s’entre-tuer on supprime le pouvoir, objet du litige. Et faute de le supprimer réellement, il faisait semblant. Le plus étonnant est que la majorité écrasante des libyens l'avait cru.
En 1977, il publie son « livre vert » sensé être le texte fondateur du nouveau régime et proclame la naissance de la république des masses : la Jamahiriya qui désigne le pouvoir des masses populaires. Les structures sont aussi simples : des congrès de base répartis par quartiers désignent des comités populaires qui participent au congrès régional qui procède à la désignation d’un comité et l’ensemble des ces comités régionaux forment avec les dirigeants de la société civiles (syndicats, organisations et associations), le congrès général du peuple qui lui, désigne le comité populaire général, c'est à dire le gouvernement. Les congrès n'élisent pas des représentants mais les désignent. Ils désignent aussi les membres des comités populaires. Les listes des candidats sont établis par des structures invisibles (services de sécurités et comités révolutionnaires) Plusieurs instances échappent à ce schémas : l’armée, les services de sécurité, le Trésor Public, la banque centrale, la compagnie nationale des hydrocarbures et les investissements extérieurs. Le poste de chef de l’Etat n’existe pas officiellement mais ses prérogatives et pouvoirs sont exercés – provisoirement depuis 1977- par le Guide Moammar Kadhafi. La nouvelle structuration du pouvoir a accordé à Moammar Kadhafi le titre de Guide avant de faire proclamer à l’unanimité par le Congrès Général du Peuple, la fameuse résolution faisant loi de la parole du Guide.
Pour résumer les quelques pages du « Livre vert » du Colonel Kadhafi, un dirigeant libyen des années 1970 a
Pour résumer aussi l’organisation de la Jamahirya en comités populaires mis en place en 1977, il suffit de regarder de près comment les trois partis politiques du Maghreb avaient exercer le pouvoir : le Neo Destour en Tunisie, le FLN en Algérie et l’Isteqlal au Maroc. Alors que ce dernier n’a pas pu établir le pouvoir du parti unique, le Destour et le FLN ont gouverné la Tunisieet l’Algérie par l’encadrement de la base populaire en « cellules et sections » pour le Destour et en « Kesmats » pour le FLN. La Jamahirya de Kadhafi a repris la même architecture du Parti Destour des années 1960 en Tunisie et du FLN des années 1970, avec pour la Libye , une forte dose – plus forte encore que la police de Bourguiba et la Sécurité Militaire de Boumediene – de services de sécurité, de comités révolutionnaires et diverses services de renseignements et encadrement d’un peuple libyen fondamentalement pacifiste. Un régime de parti unique plus sophistiqué. Trente ans après la proclamation de la Jamahirya (pouvoir des masses), les libyens se trouvent devant une situation désastreuse:
- Une monarchie rétrograde qui ne dit pas son nom, dont les acteurs (le père, les fils, la fille, les cousins et la tribu), exercent un pouvoir absolu. Un Guide (qui se prend pour un roi) détient le pouvoir à vie.
- Une gouvernance anarchique, dont les lois et le droit passent après la volonté du maître (le Guide) et sa dynastie. Les vrais décideurs (Kadhafi et sa dynastie) ne rendent compte de leurs actes à personne.
- Un parti unique à têtes multiples: comités révolutionnaires, services de sécurités, cercles d'influences etc. Ils échappent à tout contrôle y compris celui des comités populaires.
Finalement, cette Jamahirya n'est-elle pas une caricature d'une monarchie rétrograde dans laquelle ceux qui revendiquent une monarchie constitutionnelle, sont considéré comme des extrémistes ?
Peut-on s'étonner alors, de voir émerger dans cette Libye mal gouvernée, un courant islamiste radical et violent pour être une mauvaise solution à un vrai problème?.
A défaut de rapides réformes profondes instaurant un Etat de droit et une vie politique rationnelle, la Libye
malgré ses richesses – et peut être en raison de ces richesses – risque de sombrer dans l'abîme.
dit : « pour connaître toute la théorie du livre vert, il suffit de lire la dernière phrase. Elle résume bien le livre et ses objectifs ». Or, la dernière phrase est la suivante : " telle est la démocratie véritable du point de vue théorique mais dans la pratique, ce sont toujours les plus forts qui gouvernent ». Tout le reste est littérature digne d'un lycéen moyen.
27 janvier 2008
Louisa Hanoune et Bourguiba
Certains ont découvert Louisa Hanoune durant les dix ans de crise mais d’autres, peu nombreux, l’ont connue pendant les années de clandestinité sur le terrain du militantisme syndical et politique ou dans les prisons du parti unique. Louisa est née avec le déclenchement de la guerre de libération de l’Algérie et dans un village kabyle pendu au sommet de la montagne. Elle a vécu les années de répression, de révolte et de lutte contre le pouvoir du parti unique. Elle, la femme de gauche radicale, la trotskiste, a été la première à sortir de la clandestinité en 1989 lors de l’instauration en Algérie du pluralisme politique après le soulèvement d’octobre 1988. Le Parti des Travailleurs, son parti, est le premier parti trotskiste dans le Monde arabe et le premier parti politique du Maghreb dirigé par une femme et occupe une place entière sur l’échiquier politique de son pays. Ce parti dirigé par Louisa Hanoune , a conquis les sièges au Parlement et dans plus de 60 communes.
Au sommet de la crise des années 1990, Ali Belhadj, le chef islamiste radical et numéro deux de l’ex FIS, l’a qualifié de seul homme politique en Algérie. Bouteflika s’est laissé dire en public qu’il rêvait d’un gouvernement avec 20 femmes du calibre de Louisa Hanoune.
Pourtant, cette Louisa Hanoune et parce qu’elle est une femme algérienne, est soumise par le Code algérien de la famille aux règles et aux contraintes subies par toutes les algériennes : être tout au long de sa vie sous tutelle d’un père, frère ou mari. Sa vie – comme celle de toutes les algériennes - est gérée par une loi de la famille aussi rétrograde qu’un féodal de l’époque la plus sombre de l’historie de l’humanité.
Les luttes de la société algérienne (femmes et hommes) pour la liberté du colonialisme d’abord puis du parti unique ensuite, n’ont pas conduit à libérer la femme algérienne de ses chaînes et de la tutelle de l’homme.
En Tunisie voisine, la femme est l’égale de l’homme dès la naissance. A sa majorité, au même âge que celui de l’homme, elle devient libre et responsable de sa vie. Le Code tunisien de la famille voulu par l’ancien président tunisien Bourguiba et adopté en 1956, année de la naissance Louisa Hanoune !!, est unique dans le monde arabe et musulman. Ce code, cinquante ans après sa promulgation, fait partie du comportement et de la tradition des tunisiens. Le successeurs de Bourguiba l’a encore rendu plus libéral et libérateur en l’adaptant à l’évolution de la société. Un seul point échappe à ce code et à l’égalité des femmes et hommes tunisiens : l’héritage dont la gestion est définie clairement par le texte coraniques en accordant à l’homme la double part de la femme. Sans avoir recours à la loi, la conscience populaire des tunisiens a abrogé cette règle. Par testament, le partage de l’héritage se fait de plus en plus à parts égales entre les hommes et la femmes. Dans les textes de loi et de la constitution, mais aussi dans la vision de la société, rien n’empêche la femme tunisienne d’assumer toute fonction ou responsabilité y compris celle de Chef de l’Etat.
Or, un demi siècle de pratique de l’égalité totale entre hommes et femmes et application d’un code de la famille sans équivalent, la Tunisie n’a pas vu émerger une Louisa Hanoune. Aucune femme tunisienne n’a pu casser les tabous et occuper une position en premier ligne : chef de parti, chef de gouvernement ou même présidente du Parlement. Deux petites exceptions : Radhia Haddad, la première présidente de l’Union des Femmes Tunisiennes ; et depuis quelques mois, Maya Jerbi, Secrétaire Général du Parti Démocratique et Progressiste. La première a fait sa carrière dans l’ombre de Bourguiba et Ahmed Mestiri, et la deuxième est trop éphémère et sous l’oeil vigilent de son président d’honneur Najib Chebbi pour être comparer à Louisa Hanoune ou sa compatriote Radhia Haddad.
Dans les deux cas, celui de l’Algérie où le militantisme politique n’a pas libéralisé le statut juridique et celui de la Tunisie où le statut juridique n’a pas conduit à libérer le social et le politique, la problématique est la même : La liberté et l’exercice du droit sont liés et un tout et ne peuvent être fractionnées. Sans un statut juridique instaurant l’égalité des femmes et des hommes, la liberté politique et le développement économique en Algérie restent fragiles et partiels. Sans le « développement politique et de la société civile» de la société tunisienne, le statut juridique de la femme et l’Etat de droit, sont « des handicapés » de la modernité.
16 janvier 2008
Le Polisario, pourquoi faire ?
Les crises successives de la monarchie marocaine et le roi Hassan II en particulier de 1971 à 1973, avec deux tentatives de coup d'Etat et un début de rébellion armé en mars 1973, ont provoqué des vagues de réfugiés politiques marocains en Algérie. En avril 19973, le nombre de ces réfugiés inscrits et recensés par les services algériens, a atteint 29000 dont plusieurs dirigeants de l'USFP et de l'extrême gauche. Parmi ces dirigeants il y a avait l'un des leaders de l'USFP et figure de la résistance marocaine Fqih El Basri, ses amis du Mouvement de la Libération du Sahara et certains militants de l'extrême gauche qui a cru à cette époque pouvoir renverser la monarchie marocaine par les armes et la lutte armée populaire.
La gauche marocaine avait à cette époque, deux objectifs majeurs:: le renversement de la monarchie et la libération des territoires encore occupés par l'Espagne au sud du pays (Sahara Occidental ou Saquiat Al Hamra et Ouadi El Dhahab)) et au nord (Ceuta et Melilla). Il était donc normal de voir des jeunes originaires de ces territoires prendre les armes avec les autres marocains pour leurs deux objectifs communs. Mais la répression exercée par le général Oufkir et le Makhzen, a mis ces jeunes et militants de la gauche marocaine, devant un choix simple: les prisons de Hassan II ou l'Algérie révolutionnaire et socialiste.
Conflit frontalier ou ouverture sur l'Océan?
En un redoutable stratège politique, le Moustachu (le Président algérien Houari Boumediene), a transmis en 1972 à l'Assemblée Nationale Populaire (parlement algérien), l'accord algéro-marocain de juin 1972 sur le tracé des frontières pour ratification. L'accord qui a été négocié entre les deux pays pendant deux ans (de juin 1970 à juin 1972) et appelé accord de Tlemcen, a été ratifié du côté algérien début 1973. Houari Boumediene demande alors à Hassan II, de procéder à la ratification de l'accord avant de le déposer à l'ONU. Or, Hassan II, n'avait à cette époque qu'un seul soucis: sauver son trône et la monarchie de la menace des coups d'Etat et d'un soulèvement armé qui se dessine à l'intérieur du pays. Cela n'a pas empêché ses conseillers de l'époque de lui affirmer, que toute ratification marocaine de cet accord conclu en un moment de faiblesse de la monarchie, implique une acceptation définitive par le Maroc d'un tracé des frontières par lequel il abandonne à l'Algérie des territoires riche en ressources énergétiques, historiquement marocains et représentant environ 40% du territoire de l'Algérie actuelle. La revendication marocaine de ces territoires n'est pas morte jusqu' à ce jour. Depuis le 19ème siècle, les conflits de délimitation des frontières entre le Maroc et l'Algérie, se sont cristallisés autour des litiges d'allégeances des tribus des zones disputées au Day d'Algerie ou au Sultan du Maroc.
Les dirigeants algériens, Houari Boumediene en tête, ont compris que la négligence de Hassan II de ratifier l'accord sur le tracé des frontières, est une manœuvre pour gagner du temps afin de résoudre ses problèmes intérieurs et mobiliser ses forces pour déclencher le moment opportun une nouvelle guerre de frontières. Houari Boumediene n'a pas oublié que la guerre des sables de 1963 a éclaté à la suite d'un conflit sur l'application d'un accord sur les frontières signé deux ans plus tôt. En effet, une fois indépendante en 1962, l'Algérie présidée par Ahmed Ben Bella, a demandé au Maroc l'application de l'accord du tracé des frontières conclu avec le gouvernement provisoire algérien présidé par Ferhat Abbas le 6 juillet 1961. On connaît la suite: peu de temps après cette demande algérienne, une guerre a éclaté entre les algériens et les marocains sur un fonds de litiges frontaliers.
Le Polisario: une carte de pression ou une option stratégique
Les dirigeants de la gauche marocaine réfugiés à Alger se rappellent certainement, des préparatifs qui ont abouti en mai 1973 à la fondation du Polisario. Les hommes du Colonel Kasdi Merbah (Sécurité Militaire) ont fait le tour à Alger des réfugiés de la gauche marocaines originaires des territoires occupés par l'Espagne. Les dirigeants de l'USFP et les amis de Fkih Basri ont refusé toute instrumentalisation algérienne de leur situation et beaucoup ont quitté l'Algérie dès l'annonce de la naissance du Polisario. Les hommes du Colonel Merbah ont consulté aussi d'autres réfugiés marocains. A cette époque – avril 1973 – la politique de décolonisation adoptée par l'Espagne post franquiste, n'était pas encore visible.

Il était claire en avril 1973 que Houari Boumediene était habitée par un souci majeur: faire accepter et valider par le Maroc, l'accord de tracé des frontières dit accord de Tlemcen afin de prévenir et éviter une nouvelle guerre entre les deux pays. Il fallait pour cela et pour faire face au refus marocain, mettre en place un rapport de force durablement favorable à l'Algérie et suffisamment dissuasif pour empêcher le déclenchement par le Maroc d'une nouvelle crise armée. Le Polisario est ainsi né en Mauritanie qui était à cette époque encore sous l'emprise des conséquences du rejet de son indépendance en 1961 par le Maroc qui revendiquant jusqu'au début des années 1970 son annexion au Maroc. Beaucoup de marocains se sont interrogé après la disparition de Hassan II en 1999, sur le sérieux de la délégation marocaine pour les négociations de l'indépendance qui a accepté en contre partie de la proclamation de l'indépendance du Maroc en 1956, que leur pays reste amputé de ses territoires du Sud et du Nord.
La politique de décolonisation adoptée par l'Espagne à partir de 1974, a renforcé la position algérienne dans son soutien au Polisario. A partir de 1975 (la marche verte de Hassan II), le soutien algérien au principe du droit des sahraouis à l'autodétermination a pris le pas – parce qu'il représente un argument politiquement et juridiquement plus acceptable sur le plan international - sur celui de la sécurisation des frontières. Le droit des sahraoui à l'autodétermination et – plus tard – le respect du droit international et les résolutions de l'ONU, ont permis à l'Algérie de séparer le conflit frontalier de celui de la contestation de la marocanité du Sahara Occidental tout en conservant les avantages du conflit sur l'avenir du Sahara Occidental. Pourquoi? Tout simplement parce qu'un conflit frontalier algéro- marocain s'il est porté devant les instances internationales, risque de mettre en cause les précédents accords sur les frontières et ouvrir la voie à une légitimation de la revendication marocaine sur 40% du territoire algérien actuel. La revendication de l'indépendance du Sahara Occidental était dès 1973, le moyen le plus efficace pour taire toute tentative marocaine de porter le conflit frontalier avec l'Algérie devant les instances internationales.
La position algérienne dans le dossier du Sahara Occidental est dictée d'abord par un impératif de souveraineté nationale, un souci d'intégrité territoriale et un besoin de sécurité. Elle est dictée en suite par l'adhésion spontanée des algériens à un principe hérité de la guerre d'indépendance qui est le droit des peuples à l'autodétermination. Cela explique le consensus national algérien sur cette position.
Il est donc inexact de dire que l'Algérie apporte son soutien au Polisario pour se voir une fois le Polisario prend le contrôle du Sahara Occidental, accorder une ouverture sur l'Océan Atlantique et bénéficier de facilités pour l'exportation de son pétrole et gaz. La preuve a été donnée par le passage sans problème du gazoduc algérien par le Maroc vers l'Espagne. Il est inexact aussi de dire que la position de l'Algérie dans le conflit du Sahara Occidental n'est défendue que par les "généraux" algériens et une fois ceux-ci abandonnent le pouvoir, tout sera possible. La preuve du contraire, est dans le consensus algérien autour de ce soutien aux sahraouis même au moment des crises et de la mise en accusation de l'armée algérienne par des algériens dans des affaires internes.
Hésitations marocaines
Jusqu'au début de 1973, la position algérienne était réputée soutenir la décolonisation des territoires occupés par l'Espagne au sud et au nord du Maroc tout en reconnaissant implicitement leur appartenance au Maroc. En tout cas, cette appartenance n'était pas jusqu'à fin 1972 contestée ni par l'Algérie ni par aucun autre pays maghrébin.
La marche verte organisée et conduite par Hassan II, le 6/11/1975 sans aucune coordination au cours préparatifs ni avec les pays voisins ni avec la gauche marocaine, a conduit à la récupération par le Maroc de la grande partie puis en 1979, de la totalité du Sahara Occidental. La démarche de Hassan II, a été sentie par l'Algérie et par beaucoup de sahraouis comme une provocation. Sans refaire l'histoire à posteriori, Hassan II aurait pu gagner l'adhésion des sahraouis qui n'avaient pas encore à cette époque, opté pour le Polisario, s'il les avait associés à la marche verte.
Jusqu'au cessez-le feu en 1991, le Maroc avait opté pour la riposte armée par la construction d'un mur de sécurité et une présence militaire et administrative conséquentes au Sahara Occidental. Cette présence a été accompagnée par un effort remarquable de développement économique et par l'encouragement du flux migratoire et économique du nord vers le sud. Puis, après 1991, le Maroc change de conduite en optant pour les négociations, l'incitation des dirigeants du Polisario à regagner le Maroc, et pour une nouvelle approche dans sa politique algérienne en abandonnant une politique de détente pour une autre basée jusqu'à 1999, sur ce que Hassan II a appelé publiquement "faire le lit des islamistes algériens" y compris les groupes islamistes armés (affaire Abdelhak Layada). Hassan II pousse son optimisme de voir les islamistes prendre le pouvoir à Alger jusqu'à la publication en 1992, de l'accord de Tlemcen de 1972 au Journal Officiel marocain. C'est sans doute cette approche qui a mis en éclat la politique de détente entre les deux pays née en 1989. Ella a conduit à la fermeture des frontières depuis 1994.
Quelques mois après la disparition de Hassan II (23/07/1999), le Maroc a changé encore une fois de stratégie en optant pour une solution de la question du Sahara Occidental basée sur une autonomie large dans le cadre de la souvraineté marocaine et d'un Maroc régionalisé. Cette nouvelle stratégie est accompagnée par une "normalisation économique" des provinces du Sahara Occidental qui perdent ainsi les privilèges encourageant le flux des investissements et migratoire et par la création du CORCAS (Conseil Royal Consultatif des Affaires du Sahara) regroupant les notables et chefs des tribus du Sahara. Encore une fois, le Maroc opte pour une stratégie unilatérale.
La monarchie marocaine qui représente depuis des siècles, le ciment et donc le garant de l'unité du peuple et du territoire marocains de composantes diversifiées, prend en optant pour la régionalisation et l'autonomie, le risque d'un développement rapide du séparatisme régional. On peut légitimement qualifié cette stratégie par une imitation imprudente du modèle espagnol. Mais cette nouvelle stratégie, a au moins le mérite de reconnaître l'impossibilité de l'organisation d'un référendum pour l'autodétermination. Certains observateurs ont allé jusqu'à dire que le Maroc a pris le risque de la régionalisation pour se positionner en modèle encourageant les Kabyles algériens à réclamer un statuts similaires.
Tous pour le blocage?
Le point commun de ces différentes approches marocaines pour trouver une solution à la question du Sahara Occidental, est la recherche permanente d'un moyen pour contourner le fond du problème qui est "la reconnaissance et la sécurisation de ses frontières avec l'Algérie". Le Maroc a toujours qualifié la question du Sahara Occidental de conflit algéro- marocain, mais n'a jamais dépassé ce simple constat pour construire avec ses voisins un réel projet géopolitique d'entente avec l'Algérie. Il a favorisé par cette démarche le maintient du blocage et du stat quo.
L'Algérie a pris le chemin inverse. Depuis le décès de Houari Boumediene en décembre 1978, l'Algérie a maintenu - avec quelques aménagements mineurs et de circonstance - la même position: le conflit du Sahara Occidental est fondamentalement un conflit de décolonisation. Il oppose le Polisario et le Maroc et ne peut être résolu qu'en respectant les résolutions de l'ONU et le principe du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.
Trente cinq an après, le conflit du Sahara Occidental proprement dit a débouché sur deux faits majeurs : un drame humain et fait politique.
Le drame humain est celle des sahraouis. Ils sont dispersé entre ceux qui habitent l'ancienne colonie espagnole (Sahara Occidental), ceux qui ont choisi l'exode vers le nord du Maroc et les pays d'immigration, et ceux qui peuplent les camps de réfugiés à Tindouf (Algérie). Ces réfugiés sahraouis de Tindouf dont le nombre est proche des 165000, représentent le réel drame de ce conflit. Sur ces 165000 il y a 155000 classés par l'Union Européenne comme pauvres vivant sur l'aide internationale. Les autres, environ 10 000 représentent le bassin des responsables, cadres et sympathisants du Polisario et de la RASD (République Arabe Sahraoui Démocratique) et ne vivent qu'occasionnellement dans les camps de Tindouf.
Le fait politique est la présence durant les 35 dernières années d'une organisation politique (le Polisario), et de structures administratives et sécuritaires (RASD) qui contrôlent, représentent et en tout cas parlent au nom des 165000 réfugiés. Le Polisario et ses structures sont aujourd'hui incontournables dans toute option qui pourrait être mise sur la table pour résoudre le conflit du Sahara. Le Polisario n'est pas seulement une organisation politique et administrative jouant le rôle d'encadrement de rigueur des réfugiés de Tindouf, mais aussi "une force de frappe" au service d'une stratégie ne présentant pour toute sortie du conflit que l'option d'indépendance du Sahara Occidental. Tout en arrivant aux mêmes conclusions que le Maroc sur l'impossibilité de l'organisation d'un référendum, le Polisario tient à ce référendum qui devient par son infaisabilité, un argument d'une revendication justifiant dans le fond mais pas dans la forme, le maintient du blocage et du stat quo.
Le Polisario, pourquoi faire?
Le 12ème congrès du Polisario (décembre 2007) représente dans cette logique un tournant. Le Polisario a décidé lors de ce congrès de rompre le cessez le feu de 1991 et reprendre les armes si dans un délais de six mois (jusqu'à juin 2008) les négociations avec le Maroc lancées en juins 2007 sous l'égide de l'ONU, n'ont pas débouché sur une avancée significative. Cette menace de reprise de la "lutte armée", intervient dans un contexte de reprise de la course au réarmement des pays du Maghreb. On peut légitimement s'interroger sur les finalités des importants contrats d'armement conclus par l'Algérie et par le Maroc durant les deux dernières années. Le Polisario n'a fait par sa déclaration menaçant de reprise des combats, que s'intégrer à ce climat de tension dans la région.
Même si l'éventualité d'une reprise de combats n'est pas à exclure, il est improbable que cette course au réarmement et la menace de reprise de la "lutte armée", conduisent à un conflit armé même limité. Par contre, il n'y a pas de doute sur la volonté des parties concernées par le conflit du Sahara, de rechercher un nouveau souffle permettant de perdurer le blocage et le stat quo et éviter une éventuelle pression de la communauté internationale pour sortir de ce conflit vieux de 35 ans.
En maintenant le blocage et le stat quo, les parties en conflits au Sahara Occidental ont neutralisé toute tentative sérieuse visant à former un bloc maghrébin capable de favoriser des relations équitables avec l'Union Européenne. Il va sans dire que l'Union du Maghreb Arabe ne peut fonctionner voire exister s'il ignorait le conflit du Sahara Occidental. L'UMA a préféré depuis 1989, date de la fondation de ce rassemblement régional, ignorer ce conflit par impuissance de l'intégrer dans un projet géopolitique ambitieux du Maghreb de demain.
Les partenaires de l'U.M.A. ont préféré ignorer durant les 20 dernières années tout conflit ou litige secouant le Maghreb ou ses composantes. L'UMA a ainsi ignorer le conflit du Sahara, le terrorisme en Algérie, l'affaire de l'île de Leila entre le Maroc et l'Espagne, les sanctions internationales contre la Libye, les négociations sur un statut de politique de coopération et de voisinage avec l'Union Européenne, les conflits frontaliers entre les pays du Maghreb etc.. Dans ce cas, les peuples du Maghreb peuvent légitimement s'interroger sur l'utilité de "ce machin": UMA.
Le Moustachu (Houari Boumediene) a lancé en 1973 au moment de la fondation du Polisario et le début du conflit du Sahara Occidental, son célèbre projet sur "le Maghreb des peuples" en opposition au Maghreb des Etats. Mais 35 ans plus tard, ce projet a abouti à un leurre représenté par un UMA inexistante et 90 millions de maghrébin pris en otage par le conflit du Sahara Occidental.
Si le Polisario n'abandonnait pas ses réflexes et analyses datant de l'ère de la guerre froide, parti unique et régimes totalitaires, en optant pour une initiative historique ouvrant la voie à un véritable Maghreb Uni, il s'inscrit dans une configuration où il serait une cause importante du déclin, sous développement et déchirements dans tout le Maghreb.
09 janvier 2008
Mauritanistan
La Mauritanie est-elle devenue un pays à risque et sous la menace du terrorisme, quelques mois seulement après avoir élu démocratiquement un président civil et le retour des militaires du coup d'Etat de août 2005 à leurs casernes? En décembre 2007, deux attaques terroristes ont eu lieu contre quatre touristes français à Aleg le 21/12/2007 et contre une patrouille de l'armée mauritanienne le 24/12/2007 au nord ouest du pays.
Ces attaques entraînant la mort de trois touristes et quatre soldats, ont déclenché une réaction jugée par les mauritaniens de démesurée et exagérée. Les organisateurs du Rallye Paris – Dakar qui devait passer par la Mauritanie, ont annulé la course pour des raisons de sécurité et menace terroriste sur les étapes passant par la Mauritanie.Des consignes de prudence et recommandant l'annulation des voyages, ont été données aux touristes européens voulant se rendre en Mauritanie.
Deux semaines plus tard, les deux attaques terroristes ont créé par les réactions en Europe, un climat détestable suggérant que la Mauritanie est devenue un pays à haut risque pour les étrangers. On a pu entendre ou lire que la Mauritanie est désormais sous le contrôle des islamistes armés et que le GSPC algérien (labellisé depuis quelques temps en Qaida du Maghreb Islamique) a installé son siège et ses camps d'entraînement au nord du pays.
En juin 2005 lorsque un groupe islamiste armé a attaqué la caserne de Limgheity au Nord Est de la Mauritanie tuant 15 militaire des et blessant 39 autres, personne n'a crié comme aujourd'hui, que la Mauritanieest devenu un pays dangereux et sous le contrôle des terroristes. Seuls les militaires mauritaniens ont tiré à la suite de cette attaque, la leçon qui s'imposait: sans une ouverture démocratique réelle et visible, le pays risque de sombrer dans le chaos et le terrorisme. En out 2005, il y a eu un coup d'Etat suivi d'une période transitoire d'un an et demi avant l'organisation des élections locales, législatives et présidentielle qui ont permis à l'armée de rentrer dans ses casernes et le pays de connaître un régime civil opérant une ouverture démocratique. Une fois installé, le nouveau pouvoir pour donner des gages de transparence et volonté d'instaurer la démocratie, a libéré tous les prisonniers politiques y compris les islamistes et les radicaux. D'ailleurs, l'un des auteurs de l'attentat de Aleg du 21/12/2007, est un islamiste radical libéré par le nouveau pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah, l'actuel président mauritanien élu démocratiquement en 2007.
Le débat sur les conditions de l'ouverture, la transition et l'instauration de la démocratie en Mauritanie de 2005 à 2007 puis les décisions du nouveau pouvoir civil notamment dans le domaine de la sécurité, peut révéler des erreurs et des mauvaises appréciations de la situation du pays et son environnement géopolitique. Cela est l'affaire des forces politiques et les composantes de la société civile en Mauritanie. Par contre, l'opinion publique notamment au Maghreb est en droit de s'interroger sur le véritable paradoxe européen. En déclarant en décembre 2007 la Mauritanie pays à risque et sous menace terroriste, on a livré sur un plateau en or un argument aux partisans de l'instauration d'un régime dur et sécuritaire, pour étouffer dans l'œuf la nouvelle orientation démocratique et d'ouverture en Mauritanie. Ce message est encore plus dangereux lorsqu'il est décrypté par les autres peuples des pays du Maghreb. Il leur dit ce ci: l'instauration de la démocratie conduit obligatoirement à l'irruption du terrorisme et des islamistes armés. L'expérience algérienne est là pour confirmer ce message. Peut-on alors demander à ces peuples maghrébins de se mobiliser pour instaurer la démocratie. Certains nostalgiques du régime du parti unique et du pouvoir personnel, trouvent très commode d'avertir d'annoncer que la démocratie conduit au terrorisme. Les exemples ne leur manquent pas. Et les preuves non plus: puisque les européens qui n'on pas déclaré la Mauritaniepays à risque en 2005, ils l'ont fait en 2007 après des élections démocratiques.
Il est peut être plus utile pour la démocratie d'apporter une soutien à une expérience démocratique naissante même si elle est traversée par des courants radicaux, que de satisfaire le véritable objectif des terroristes qui est de terroriser els démocrates, en déclarant le pays, une destination à risque.
30 décembre 2007
Les Don Quichotte de Bengazi
Depuis quelques semaines un mouvement de protestation et de colère est perceptible dans les mosquées, les milieux universitaires et les cercles culturels et intellectuels de Bengazi en Libye. Les imams dans leurs prêches de vendredi et les intellectuels dans une lettre ouverte au Procureur général Mohamed Mesrati, ont demandé l'interdiction et le retrait de la vente, d'un roman portant le titre "la faim a d'autres visages" de Wafa Al Bouissi.
Le roman relate l'historie d'une adolescente libyenne qui a été retenue chez son oncle égyptien à Alexandrie à la suite de la rupture des relations entre l'Egypte et la Libye et la fermeture des frontières entre les deux pays en 1978. En subissant un mauvais traitement par l'épouse de son oncle, l'adolescente s'est trouvée dans la rue vivant sous l'emprise de la faim et l'insécurité. Sa vie se transforme en un ensemble de réflexes de survie et de recherche d'une liberté porteuse de beaucoup d'inconnus. Parce qu'elle avait faim, elle a trouvé refuge dans une église puisque la mosquée est fermée en dehors des heures de la prière. Elle constate qu'à l'église, personne ne lui demande rien. Mieux encore, elle observe une certaine égalité de traitement et de comportement entre l'homme et la femme et entre les paroissiens et les étrangers. L'adolescente s'est défaite peu à peu des contraintes de sa famille, de ses traditions et de sa société pour plonger dans une vie de liberté y compris la liberté sexuelle en se laissant vivre au grè des rencontres. Elle plonge aussi dans les nuits de joie et des plaisirs de Alexandrie des années 1980. Le roman est le récit d'une adolescente perdue et libérée de tous ses tabous et contraintes. Elle regarde le monde à travers une vie de vagabondage et un vide créé en elle par la faim et l'insécurité. Les deux tiers du roman, sont consacrés à une comparaison parfois tacite et souvent explicite, entre deux mode de vie: celle de la société traditionnelle libyenne et celle d'Alexandrie plus libre et très diversifiée. La comparaison fait appel aux traditions, à la religion, au comportement social des hommes et des femmes et à plusieurs aspects de la vie de deux mode très différentes, sinon contradictoires, de la société de Bengazi et d'Alexandrie.
L'écrivain, Wafa Al Bouissi est une jeune femme libyenne de 34 ans et d'une famille de Bengazi.. Elle est musulmane pratiquante et voilée (voir sa photo). Elle est depuis 1998, avocate spécialisée en droit pénal et inscrite au barreau de Bengazi..
L'éditeur est la revue Al Mouatamar éditée elle-même par le Centre du Livre Vert de Bengazi.
Il ne s'agit donc pas d'un roman d'une femme libertine ou provocatrice. Il ne s'agit pas non plus d'un roman d'une femme non musulmane ou athée qui a voulu "abaisser" l'Islam. Il ne s'agit pas d'un roman d'opposition puisqu'il a été publié par le socle de l'idéologie dominante du pouvoir politique en place: le Centre du Livre Vert. Il ne s'agit pas non plus d'un roman glorifiant le régime politique en place et son livre vert, puisqu'il dresse une série de critiques visant le model social libyen. D'ailleurs, les autres essais de l'écrivain publiés en Libye, n'épargne pas les gouvernants libyens d'une critique parfois assez pertinente.
Alors pourquoi ces meutes composées d'un mélange étrange d'opposants islamistes, royalistes et autres tendances au pouvoir politique en place en Libye, de membres des comités révolutionnaires au pouvoir en Libye, de responsables politiques locaux et de plusieurs activistes accusant l'écrivain de blasphème et crimes contre la société et les traditions libyennes?
Deux explications peuvent apporter une réponse à cette question:
La première explication trouve ses origines dans les années 1973-1977 à Bengazi lorsque le Colonel Kadhafi qui préparait à cette époque le lancement de son Livre Verte et sa conception du pouvoir des masses "Jamahirya", a ordonné à ses sympathisants de brûler dans les places publiques tous les livres, instruments de musiques et autres supports culturels qui ne sont pas conformes à l'idéologie dominante, celle du Colonel Kadhafi. Trente ans plus tard, toute une génération née de ce néant intellectuel - ou "ce savoir incendié et brûlé", se réveille sans repères. C'est cette génération perdue comme l'adolescente du roman de Wafa Al Bouissi, qui constitue cette meute qui veut interdire le roman. C'est une génération qui veut fuir sa peur et son acte de naissance écrit par les cendres du savoir.
La deuxième explication est la plus grave. La ville de Bengazi – puisque les protestations se sont fait entendre surtout à Bengazi - a abandonné son caractère de ville d'ouverture, de liberté et de croisement de cultures.
Ces meutes réclamant l'interdiction d'un roman qui n'est en fin de compte qu'un cri de liberté, ne sont-il pas des liberticides au moment où leur ville, leur pays et eux-mêmes, ont un besoin vital de liberté …
27 décembre 2007
Les "harragas" (*) de l'Islam
Il ne faut pas être un observateur averti ou un spécialiste des pays dits arabo-musulmans notamment ceux du sud de la Méditerranée, pour constater le nombre croissant de cas de suicides qui ne sont en fait que des massacres et des actes d’autodestruction. Il est horrible et très dur à supporter de voir des jeunes se donner la mort.
Mais le plus dure à supporter est les justifications de ces actes.
Peut-on trouver une quelconque différence entre un jeune qui se fait exploser avec sa voiture piégée au nom d'une vision religieuse basée sur des interprétations d'autres jeunes en échec scolaire, et un autre jeune qui se fait embarquer en payant souvent l’équivalent du salaire d'une année de travail, dans une aventure d'immigration clandestine et meure noyé en plein méditerranéenne? Dans le deux cas, c'est un jeune qui paye de sa vie une fausse vision de la vie, de l'avenir et du paradis. Tous les jours, les rives de la Méditerranée connaissent l'arrivée de cadavres d'immigrés clandestins pêchés par des sauveteurs et des pêcheurs. Tous les jours aussi, il y des jeunes qui rejoignent les maquis et les réseaux des islamistes armés pour préparer, se préparer ou aller se faire exploser en plein rue dans une ville ou un village paisible dans un des pays du Sud de la Méditerranée.
Les premiers croyaient rejoindre le paradis européen tout en se jetant à la mer et mourir noyés. Les seconds croyaient en se tuant et tuant leurs concitoyens et frères musulmans, regagner le paradis promis et participer au "devoir du Jihad" pour faire régner – par le sang - la loi de la Charia sur terre.
Se sont là, les deux cas de suicide que les statistiques officielles et les discours ne peuvent ignorer. Les autres cas de suicide individuel restent généralement ignorés du grand public pour respecter – dans la forme – l'interdiction faite par l'Islam à tout musulman de se donner la mort. Pourtant, si on regarde de près, on trouve sans doute que le nombre de ces suicides dits individuels et qui expriment au fond un cri de désespoir, se compte par milliers par an.
Mais revenons aux deux premiers cas de suicide pour poser cette question : comment expliquer que des jeunes âgés de 20 à 30 ans se préparent et se donnent la mort avec une extraordinaire soumission à leurs destins, les uns pour franchir sur une embarcation de fortune la méditerranée et finir noyés et les autres pour se faire exploser et tuer des innocents sur la place publique au nom de l'Islam?
On n'a pas besoin de lire les centaines d'études et de recherches qui ont tenté durant les vingt dernières années d'expliquer ce phénomène. Il n'est pas nécessaire non plus d'aller chercher la réponse chez les psychologues et les spécialistes des comportements collectifs. Il suffit de se rendre dans les capitales et grandes villes des pays concernés pour se rendre compte du désarroi de la jeunesse qui représente – ne l'oublions pas – 75% de la population. On est frappé par des phénomènes qui constituent une explication encore plus révoltante que le désespoir de ces jeunes, à cette folle course de la jeunesse au suicide et à la mort.
Dans les rues des pays concernés ou dans les enregistrement vidéo des testaments de kamikazes, on est devant des jeunes habillés en tenues afghanes, pakistanaises ou autres allures asiatiques, mais rien ne les identifient dans leurs tenues vestimentaires et démarches à des habitants des pays du sud de la Méditerranée. Ces jeunes qui ont rejeté tout lien avec leur propre société et avec la tradition de leur pays ont renié en même temps leur identité et leur histoire. Ils rejettent la société, les traditions, la culture domainante, la modernité, le progrès, la mémoire collective, l’histoire et l’identité pour remplacer tout cela par le néant et la mort. Pire encore, ils démontrent par leur comportement, tenue et interprétation de la religion qu’ils ont fait remplacé la Mecque par Tora Bora et le Coran par des Fatwas douteuses?
Ils expriment par cette course au néant, un désespoir et une descente en enfers.
Ils expriment aussi, un échec des gouvernants et de toute une génération qui n’a pas su bâtir l’Etat de l’indépendance nationale.
A l'exception de trois héritiers du pouvoir dont deux l’ont hérité par hasard et sans préparation (le président syrien et le roi jordanien) et un autre (le roi marocain) préparé mais prisonnier des traditions, tous les gouvernants des pays arabes sont des vieux qui gouvernent – sans comprendre ou connaître leurs aspirations – des peuples constitués à 75 % des jeunes de moins de 30 ans.
Cela est suffisant pour générer des milliers de Harragas qui se donne la mort par désespoir, les uns pour fuir la misère matérielle et morale, et les autres pour proclamer par l’autodestruction, l’échec collectif et individuel des leurs sociétés et gouvernants.
Dans les faits, les causes et les conséquences, les Harragas des frontières et les Harragas de l’Islam se rejoignent de le cri de désespoir.
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(*) Harragas: immigrés clandestins en dialecte maghrébin
25 décembre 2007
Le sondage qui tue ..
Quelques jours après les attentats sanglants du 11 décembre 2007 visant des institutions algériennes et internationales à Alger, la chaîne de télé
vision qatarie Aljazeera, a publié sur son site Internet un sondage demandant aux internautes de dire s’ils sont d’accord ou pas avec les attentats d’Alger. Plus de trente mille internautes ont participé à ce sondage dont une majorité nette à approuvé les attentats ce qui a fait dire aux responsables de ce massacre que leur forfait est « populaire ».
Tous les algériens – et aussi les Maghrébins – ont protesté. Les journalistes algériens travaillant pour Aljazeera ont réclamé une enquête interne et des sanctions. Résultat de toute cette affaire : un journaliste en remplacement serait sanctionné. Rien de plus. Aucune excuse publique aux victimes des attentats et aux algériens. Ces excuses attendent dit-on le retour du Directeur de la chaîne d’un pèlerinage à la Mecque.
Peu importe si Al Jazeera présente ses excuses ou pas. Le mal est fait. Mais la réalité est plus amère que ce sondage. Elle est dans la mémoire collective de cerrains "spécialistes " arabes de l'Algérie qui ont fait depuis des années de ce pays un grand champs d'expériementation et d'exercice grandeur nature, du nouveau monde arabe d'aujourd'hui.
Pourquoi tant de spécialistes de l’Algérie – et du Maghreb – venus des pays du Moyen-Orient ? Ces spécialistes dont certains n’ont fait de toute leur vie, que quelques cours séjours en Algérie, spéculent sur tout ce qui est négatif et essentiellement le terrorisme et le « danger du séparatisme kabyle ». Ils ne reculent devant rien, puisque certains se placent volontiers en donneurs de leçon aux les algériens. Alors qu’un algérien – même parmi les plus connaisseurs de leur pays – peine à comprendre la situation de son pays, Ces « orientaux » spécialistes de l’Algérie, envahissent les salons, les colloques et les médias à travers le monde pour expliquer une situation algérienne et maghrébine complexe. Il ne faut pas chercher loin les origines des slogans comme : qui tue qui en Algérie ? ou les décideurs de l’ombre pour désigner l’armée etc., pour trouver leur traces. Ils disent tout et son contraire sur l’Algérie – et le Maghreb – sans que personne ne les arrête. En somme , l’Algérie est depuis le début des années 1990 (début de la crise et le terrorisme islamiste), un grand champs d’expérimentation et d’entraînement grandeur nature sur tout les maux qui frappent depuis le Monde arabe : terrorisme, islamiste à plusieurs couleurs, exploitation et pillage des richesses naturelles, et perte d’identité et de mémoire.
Peut être pour arrêter cette descente aux enfers du monde arabes, il faut commencer d’abord par fermer les champs d’expérimentation et d’exercice grandeur nature et de « renvoyer » les apprentis experts de l’Algérie et du Maghreb à l’école … primaire de la géopolitique.